Dimanche 8 février, l’artiste Bad Bunny investit la pelouse du Levi’s Stadium de Santa Clara, pour le traditionnel concert de la mi-temps du Super Bowl, l’événement sportif le plus attendu de l’année aux Etats Unis d’Amérique. Pendant 13 minutes, le Portoricain devient-il le visage d’une Amérique qui lutte ?
125 millions de téléspectateurs, ce sont les chiffres d’audience du 60e Super Bowl ce 8 février dernier. Le match, finale du championnat de Football américain aux États-Unis, est surtout l’événement le plus regardé de l’année dans le pays. L’attraction majeure de la rencontre ? Le traditionnel show qui a lieu durant la mi-temps. Pour cette dernière édition, c’est le chanteur Bad Bunny qui était à l’honneur. Habitué des prises de position politiques, comme lors de la dernière cérémonie des Grammy Awards où le Porto-ricain a scandé « ICE out » après s’être vu remis le prix de l’album de l’année, le pays s’attendait à un show plus politique qu’à l’accoutumé. La programmation d’un artiste Portoricain chantant en espagnol est à elle seule un pied de nez à la tradition conservatrice associée au football américain.
Le Levi’s stadium comme tribune
Immédiatement, la scénographie donne le ton. Le show s’ouvre sur le chanteur au milieu d’une reproduction de champs de canne à sucre, entouré d’hommes et de femmes les cultivant. Rappel évident à la domination coloniale des États-Unis sur l’île de Porto-Rico depuis 1898. L’industrie sucrière reste à ce jour majoritairement sous le contrôle de corporations étasuniennes, selon The Time. Ensuite, l’artiste continue de se servir du décor pour faire passer ses messages, notamment par la présence de poteaux électriques rappelant les fréquentes coupures d’électricité à Porto-Rico, véritable territoire abandonné. Car l’île n’est pas un des 50 États fédérés, mais seulement un État libre associé. Ses habitants ne peuvent donc pas voter aux élections fédérales.
En outre, Bad Bunny revendique fièrement une identité porto-ricaine, mais aussi américaine, au sens du continent entier. Il revendique une idée simple mais négligée : l’Amérique se compose d’une multitude de pays, majoritairement hispaniques, et n’est pas un seul pays hégémonique. Lors d’une séquence forte du show, le Porto-ricain énumère les pays d’Amérique latine et du nord ainsi que différents états caribéens tout en s’entourant des drapeaux de ces mêmes pays. Il termine sa performance par un discours panaméricain qui prône l’amour, seul moyen de vaincre la haine selon lui. Agir de la sorte en plein Super Bowl, vitrine du soft power américain est symboliquement très fort.
Vraiment un acte de résistance ?
Justement, la symbolique est forte, mais quelles sont les conséquences réelles de ce concert ? Sont-elles vraiment un acte de résistance ou simplement un symbole qui fissure un narratif Étasunien sans rien changer ? Est-ce que l’amour suffit pour vaincre la haine propagée par le pouvoir en place ?
Originaire du reggaeton, style populaire mais non associé à la pop nord américaine, Bad Bunny reste un artiste parfaitement imbriqué dans le système musical étasunien. Il est fréquent que des personnalités publiques qui se veulent progressistes ne soient militantes que pour véhiculer une certaine image, sans engager d’actions concrètes. Le chercheur Thomas Vernon Reed appelle ce phénomène, « l’affichage de vertus ». Exemple parlant en France, l’influenceuse Léna Situation avait affiché son soutien à la cause palestinienne portant un collier avec une pastèque en pendentif, symbole détourné du drapeau palestinien, lors de son podcast “Couch” diffusé sur Disney+. Or, en octobre 2023, la Walt Disney Company a fait un don de 2 millions de dollars à des associations israéliennes. Cet acte militant peut donc être perçu comme performatif. Cas propre au show, Bad Bunny s’oppose fermement à l’impérialisme américain.
Néanmoins, la présence de Lady Gaga lors de la performance remettrait en question une telle prise de position : la chanteuse aurait déjà affiché un attachement à l’État d’Israël, allié historique et relais de l’impérialisme étasunien, qui ravage actuellement le Moyen Orient.
Enfin, le message véhiculé par ce concert est un message d’amour qui appelle à la solidarité. Appel louable, mais est-ce suffisant face aux dérives totalitaires qui ont lieu aux États-Unis ? À l’essence, ce concert constitue un acte de résistance, c’est indéniable. Mais pour exister, celui-ci se doit de rester doux et non agressif. La résistance n’est tolérée que si elle ne remet jamais en question le système qui l’a créée.
Simon Briand
Sources :
https://time.com/7373018/bad-bunny-super-bowl-halftime-show-analysis/https://www.courrierinternational.com/video/video-le-concert-de-bad-bunny-au-super-bowl-un-acte-de-resistance-farouche_240353https://www.miamiherald.com/entertainment/article314624390.htmlhttps://www.theatlantic.com/culture/2026/02/bad-bunny-super-bowl-halftime-show/685929/https://www.vanityfair.fr/article/bad-bunny-super-bowl-2026-resistance-fetehttps://www.nouvelobs.com/culture/20260209.OBS112227/au-super-bowl-bad-bunny-celebre-l-amour-face-a-donald-trump-dans-un-grand-show-de-resistance-politique.htmlhttps://www.liberation.fr/culture/musique/bad-bunny-de-porto-rico-au-super-bowl-les-racines-de-son-engagement-20260207_5AGYI37FYZBHZNHFRD2VQIKOKA/https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2026/02/08/sur-les-terres-de-bad-bunny-star-du-super-bowl-2026-et-symbole-anti-trump_6664694_4500056.htmlhttps://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/960147/bad-bunny-contre-revolutionnaire?https://www.france24.com/fr/am%C3%A9riques/20260209-bad-bunny-c%C3%A9l%C3%A8bre-l-am%C3%A9rique-latine-au-super-bowl-trump-y-voit-un-affronthttps://www.ledevoir.com/culture/954312/artistes-americains-engagement-politique?https://fr.timesofisrael.com/hollywood-declare-son-soutien-a-israel-et-disney-promet-une-aide-de-2-millions/https://newsroom.disney.fr/actualites/couch-le-podcast-de-lena-situations-arrive-des-aujour-hui-sur-disney-73370-dc71f.htmlhttps://fr.timesofisrael.com/lady-gaga-le-monde-se-trompe-au-sujet-disrael/

