Le salon de l’agriculture 2026 se voulait porteur d’une nouvelle vision de l’agriculture. Une agriculture qui innove pour s’adapter aux défis de demain. Un salon qui se veut également défenseur des agriculteurs français. Mais, cet engagement est-il compatible avec les exposants et les partenaires du salon ?
Ce dimanche 1er mars se clôturait la dernière édition du salon de l’agriculture, plus grand événement agricole de l’année rassemblant en moyenne 600 000 visiteurs. Avec autant de fréquentation, certes en baisse pour l’édition 2026, le salon et surtout son identité n’est pas choisie au hasard. Cette année, il est présenté comme un lieu d’exposition du savoir-faire français et de l’innovation agricole. Le but affiché est de soutenir les agriculteurs face aux multiples défis auxquels ils font face. Mais, le salon est également investi par toutes sortes de grands groupes agroalimentaires qui font passer la productivité avant tout le reste. Et donc, naturellement, l’identité de l’agriculteur en tant que tel.
Créer du lien et innover
Le propriétaire du salon de l’agriculture affiche déjà l’identité supposée de l’événement. Le Centre National des Expositions et Concours Agricoles (CENECA), veut abolir
« les distances, rapprocher métropoles et terroirs »
d’après le président, Jérôme Despey. Dans une lettre ouverte, il affirme que
« c’est la diversité des agricultures françaises qui se donnent rendez-vous à Paris ». Avec des « innovations et solutions pour demain » continue-t-il.
Jérôme despey
Pourquoi ce besoin d’innovations ? C’est
« face aux défis de la transmission, de la souveraineté alimentaire, de la volatilité des prix et du dérèglement climatique »
que le salon de l’agriculture 2026 veut agir.Autre enjeu majeur de cette édition, valoriser le métier d’agriculteur. Ce dernier est un secteur qui est en grande difficulté. Selon l’Insee, en 2020, 17,7
« créer un lien vivant et essentiel entre le monde agricole et les Français ».
Compatible avec la présence de grands groupes agroalimentaires ?
Cette volonté de défendre la condition d’agriculteur et d’innover,pour s’adapter aux changements rapides de notre société, se heurte à une problématique majeure : l’importance des grands groupes agroalimentaires au salon de l’agriculture. Certains considèrent que ce sont eux qui sont à l’origine de la majorité des problèmes auxquels sont confrontés les agriculteurs français aujourd’hui.
Wojtek Kalinowski en fait partie. Pour l’économiste spécialisé dans la transition écologique, le système productiviste
« soumet les agriculteurs à des règles du jeu dictées par d’autres. Des exploitations toujours plus grandes, exigeant des investissements toujours plus lourds et qui reposent sur des solutions insoutenables » assure le chercheur. Il parle même de « fuite en avant de l’agriculture »,
puisque le modèle actuel ne serait viable
« que grâce aux fonds publics et qu’il sert surtout à soutenir les acteurs les plus importants ».
Mais concrètement, qui sont ces grands groupes présents au salon de l’agriculture ? Déjà, le CENECA est détenu en majorité par les filières céréalières et betteravières. Le premier actionnaire, à hauteur de 41,66
Autre exemple parlant, la présence de McDonald’s France au salon. Le groupe est un partenaire majeur de l’agriculture française avec l’achat de 300 000 tonnes de matières agricoles françaises par an. Et la firme américaine continue sur la même lancée, avec une promesse d’achat de 750 000 millions € par an de produits de filières agricoles françaises sur les cinq prochaines années. Malgré cet engagement notable, McDonald’s est un pollueur important. Peut-être incompatible avec les ambitions d’innovations du salon de l’agriculture ?
Notamment autour des enjeux environnementaux. Selon l’ONG Zero Waste France, McDonald’s utilise 115 tonnes d’emballages jetables chaque jour.Donc, l’initiative du salon de l’agriculture 2026 est louable, certes, et sa notoriété permet de mettre en lumière la condition d’agriculteur en France. Malheureusement, son impact est limité lorsqu’il est mis en contraste avec les exposants et propriétaires du salon.
Simon Briand
Sources :
https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/02/21/le-salon-de-l-agriculture-sous-la-tutelle-des-cerealiers-et-de-la-fnsea_6667695_3234.html?search-type=classic&ise_click_rank=1
https://www.arretsurimages.net/articles/salon-de-lagriculture-le-grand-enfumage-des-lobbies-de-la-viande
https://www.liberation.fr/environnement/agriculture/au-salon-de-lagriculture-cap-sur-la-production-a-tout-va-20260225_ATEJHU2B2REE3IE2ZQ5MHO2QVM/
https://www.salon-agriculture.com/fr-FR/decouvrir-le-salon/histoire-salon#ancre-2026https://www.liberation.fr/economie/conso/au-salon-de-lagriculture-la-grande-distribution-saffiche-en-gendre-ideal-des-producteurs-avec-karine-le-marchand-20250226_B6UDSFQHGJHOLNYOYIKAH2PX7A/
https://www.ceneca.fr/a-proposhttps://www.salon-agriculture.com/fr-FR/presse/communiques-dossiers/sia-minteresse-4
https://www.fne-aura.org/actualites/puy-de-dome/les-algues-vertes-lagriculture-intensive-leau-et-la-loi-duplomb/
https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/03/02/de-rene-dumont-a-jean-jouzel-en-passant-par-jose-bove-une-contre-histoire-du-productivisme-agricole_6219656_3234.html
https://shs.cairn.info/revue-l-economie-politique-2024-4-page-5
https://agriculture.gouv.fr/dossier-de-presse-conferences-de-la-souverainete-alimentaire-presentation-des-premieres-conclusions
https://www.lesechos.fr/industrie-services/conso-distribution/mcdonalds-des-nouveaux-engagements-en-especes-sonnantes-et-trebuchantes-pour-les-agriculteurs-francais-2217509
Greenwashing chez McDonald’s : accusations et réponses officielles
https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/agroalimentaire-biens-de-consommation-luxe/mcdonald-s-zero-waste-denonce-115-tonnes-d-emballages-jetes-chaque-jour-720833.html?first_article=greenwashing-mcdo
https://blog.helios.do/greenwashing-mcdo

