Tour du monde : Comment les Inuits ont appris à s’amuser

De nos jours, le rire et les fêtes font partie des principales composantes de la vie et il nous est presque impossible d’imaginer un monde où l’idée même d’amusement n’existerait pas. Il existe cependant certaines personnes qui ont tenté d’imaginer un monde sans amusement et sans loisirs. Les Inuits, peuple résidant dans les régions arctiques − plus précisément au nord du Canada et au Groënland − possèdent même une légende tentant d’expliquer l’origine de l’amusement, évoquant alors le passage d’un monde dépourvu de plaisirs et purement fonctionnel à un monde plus jovial. Alma Mater vous propose aujourd’hui de découvrir ce curieux récit né dans les glaciers du Grand Nord.

Cette légende raconte que les Inuits pensaient qu’autrefois, les gens ne savaient pas s’amuser et que leur vie tout entière n’était rythmée que par leur travail, leurs repas et leur sommeil, s’alternant en un cycle inlassable, tandis que leur esprit languissait d’ennui.

Non loin de la mer vivait un chasseur, sa femme et ses trois fils. Un jour, l’aîné des fils partit à la chasse et ne revint pas. Peu de temps après, le cadet disparut à son tour sans laisser de traces. Seul restait le benjamin, prénommé Tériak. Celui-ci resta plusieurs années bien à l’abri autour de l’igloo familial, jusqu’au jour où, parvenu à l’âge adulte, il fut contraint à son tour de partir à la chasse pour nourrir sa famille.

Le voilà donc parti, arc à la main, dans l’hostile toundra. Sur son chemin, il rencontra un grand aigle qui descendit sur terre et lui barra la route.

− C’est moi qui ai tué tes frères, tonna l’aigle de sa grosse voix. Et tu subiras le même sort si tu ne promets pas d’organiser une grande fête avec chants et musiques, dès ton retour à la maison.

Tériak, pétrifié de peur, ne put prononcer un seul mot. A vrai dire, il n’avait pas la moindre idée de ce que pouvait bien être une fête, ou bien des chants et de la musique.

− Promets-tu ? répéta l’aigle, tirant Tériak de ses pensées. Tes frères ont refusé les dons de la musique et de la joie. Ils en ont subi les conséquences.

Tériak promit, à condition que l’aigle lui apprenne comment s’y prendre. Ce dernier accepta, et emporta le jeune homme sur son dos. Tériak parcourut les cieux sur sa monture et tous deux se dirigèrent vers le sommet d’une montagne où un bourdonnement étrange, similaire au bruit d’un marteau heurtant une enclume, se faisait entendre. Ce fut alors que Tériak remarqua un nid gigantesque dans lequel se trouvait un très vieil oiseau. L’aigle l’informa qu’il s’agissait de sa mère, Dame Aigle, et que le bourdonnement qui faisait trembler la montagne était son cœur qui battait.

Après avoir déposé Tériak dans son nid, l’aigle s’adressa à sa mère. Il lui expliqua que cet humain avait promis d’organiser une fête, mais que son peuple ignorait comment faire pour s’amuser. Dame Aigle réfléchit un moment, puis elle décida d’apprendre à Tériak à fabriquer des tambours, à les battre en cadence, à composer des chants et à danser au rythme de la musique. Elle expliqua également qu’il devrait construire une grande salle pour accueillir tout le monde et préparer beaucoup de nourriture.

Pour la remercier, Tériak demanda à Dame Aigle ce qu’elle désirait comme cadeau. Elle répondit qu’elle se contenterait d’un morceau de fil et Tériak détacha alors la corde de son arc pour la lui offrir. L’aigle le ramena ensuite chez lui où il raconta son aventure à ses parents.

Ces derniers, ne connaissant rien à l’enthousiasme ni à la joie, prirent leur fils pour un fou, mais pour ne pas le contrarier, décidèrent de l’aider à organiser sa fête. Tous trois construisirent alors une grande salle, qui attira les regards curieux des familles alentour. Tériak leur indiqua comment danser et chanter, et bien vite, ses voisins sentirent le rire les gagner. Dès que la cérémonie débuta, Dame Aigle retrouva immédiatement toute sa vigueur d’antan et se joignit aux humains avec ses enfants. Ainsi, Tériak fut à l’origine de ce que les Inuits considèrent comme la toute première fête de l’Humanité.

Depuis, les aigles sont considérés par les Inuits comme les protecteurs des fêtes heureuses, tel que tend à le confirmer le dicton inuit “quand les gens se réjouissent, les aigles rajeunissent”.

Ainsi se conclut cette légende du bout du monde. Alma Mater espère qu’elle vous a plu, et vous souhaite d’abuser du don des aigles ! Si la culture et les légendes Inuits vous intéressent, nous vous renvoyons à l’ouvrage Contes et légendes des Inuits de Maurice Coyaud, dans la catégorie Aux origines du monde des éditions Flies France. 

A.J.E.LLANOS(@La_forge_des_mots_)

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