Les rues de Paris : d’un nom à l’autre

Dans certaines cultures, lorsqu’un individu atteint l’âge adulte, il quitte le nom donné par ses parents pour s’en voir offrir un nouveau, plus représentatif de sa personnalité et de son histoire. Un nom peut donc évoluer ; il n’est pas figé dans le temps et s’inscrit en permanence dans le présent. Mais ce phénomène ne s’arrête pas aux individus : les noms des rues, pourtant gravées dans des plaques traversant les âges, peuvent évoluer.

Des noms pour se repérer

À l’époque où les villes n’étaient que villages sans tracé bien défini, les habitants ont ressenti le besoin de nommer ces espaces laissés libres entre les bâtiments – que l’on appelle chemins, rues, avenues ou boulevards selon leur taille – afin de faciliter les échanges.

Bien souvent, pour se repérer, on se référait à l’élément qui caractérisait le plus la rue – cela pouvait aussi bien être un type de décoration en pavant la voie, comme la Rue des Rosiers et celle Du Puits, qu’un facteur social comme le type de population, à l’image de la Rue des Mauvais-Garçons, la Rue des Lombards ou la Rue du Boulanger. Si la rue en question accueillait le marché hebdomadaire, c’était alors la Rue du Marché. Si elle conduisait à l’église, pourquoi pas Rue de l’Église ?

Nos ancêtres ne manquaient pas d’imagination. Au passage, nous vous laissons le soin de vous renseigner sur les l’origine de la Rue Brisemiche ou celle des Deux-Boules !

Des noms pour immortaliser

Sous le règne d’Henri IV, au XVIIème siècle, s’opéra un changement majeur. Non seulement les noms des rues ont commencé à devenir officiels et à être inscrits dans des registres, mais la manière de les nommer a également changée : l’objectif est désormais de rendre hommage à une personne ou un évènement. En effet, en 1607 fut inaugurée la place Dauphine, nommée en l’honneur du futur Louis XIII, Dauphin de France.

À partir de cette date, les rues ont commencé à adopter de plus en plus de noms sans rapport direct avec l’environnement du lieu. On peut ainsi nommer la Rue du 8-Mai-1945, le Boulevard des Italiens ou la Rue de la Victoire.

Des noms pour transmettre

Aujourd’hui, Paris compte plus de 6 000 rues. Certaines d’entre elles fêtent leur millénaire, d’autres ne sont âgées que de quelques siècles. D’autres encore viennent à peine de naître, ou d’être renommées ; de nos jours, les noms de rues continuent de changer.

Le 16 octobre, en face de la Sorbonne, a été inauguré le Parc Samuel Paty, nommé ainsi en hommage à l’enseignant assassiné en 2020 à la même date pour avoir montré des caricatures de Mahomet en classe. Ailleurs, alors que la majorité des rues portent des noms d’hommes, ce sont des dizaines d’entre elles qui arborent désormais des noms de femmes, telles que la Promenade Florence-Arthaud depuis 2016 ou la Place de l’Europe-Simone Veil à partir de 2018. Aujourd’hui, près de 12% des rues portent un nom féminin d’après la Mairie de Paris.

Ces exemples n’en sont que quelques-uns parmi tant d’autres. Ils prouvent que chaque année, la Ville Lumière continue d’évoluer, jusque dans les noms de ses rues, afin de représenter au mieux l’esprit de ses habitants et de refléter leurs valeurs.

Cela est rendu possible par la loi du 2 mars 1982, qui confère à chaque commune le droit de choisir et de voter pour de nouveaux noms. Chaque citoyen peut suggérer une idée, qui sera ensuite votée par les conseils municipaux. En temps normal, on ne peut rendre hommage à une personnalité qui est décédée depuis au moins cinq ans, mais de plus en plus d’exceptions abrègent cette durée.

Ainsi, Paris évolue. Tel un organisme vivant aux milliers de veines et d’artères, elle continue de se régénérer pour toujours convenir à ses habitants d’aujourd’hui, tout en remerciant ses habitants d’hier.

A.J.E. Llanos

Sources:

Illustration : Ariane Tassin (@aria_tssn)

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