Connaissez-vous le Pouce de César ?

Aussi surprenant que cela puisse paraître, le quartier d’affaires de la Défense est également une terre d’accueil importante pour le monde de l’art. D’ailleurs, elle tire son nom-même d’une œuvre artistique. C’est en effet la statue La Défense de Paris du sculpteur Louis-Ernest Barrias, qui a donné son nom à ce quartier emblématique. Conçue pour honorer la mémoire des victimes de la guerre franco-prussienne de 1870, vous pouvez encore la trouver sur l’esplanade Charles de Gaulle. Mais au-delà de celle-ci, le quartier d’affaires accueille aujourd’hui presque soixante-dix sculptures, dont une en particulier a attiré notre attention. Vous l’avez peut-être déjà remarquée en passant sur la place Carpeaux. C’est celle du pouce en l’air géant, qui apparaît particulièrement dissonant au milieu des hautes tours de verre. Comment ce pouce est-il arrivé là ? Aujourd’hui, Alma Mater vous propose de revenir sur les origines du Pouce de la Défense. 

Généalogie du Pouce

Le Pouce est une statue en bronze poli, ciré et verni, du sculpteur César Baldaccini, dit César (1921-1998). C’est pour cela qu’on l’appelle communément Le Pouce de César. Ce dernier est un sculpteur italien célèbre pour son œuvre humoristique et déconcertante. 

En 1965, on lui demande de produire une œuvre dans le cadre de l’exposition La main de Rodin à Picasso, à la galerie Claude Bernard à Paris. Ayant récemment découvert la technique du moulage agrandi, il décide de reproduire son propre pouce, à hauteur de 40 centimètres. Cependant, par manque de moyens, il le réalise en plastique translucide rose, rien à voir avec la statue qu’on connaît ! Malgré ce détail, son pouce rose obtient un grand succès auprès du public – il a d’ailleurs été vendu aux enchères à la FIAC (Foire Internationale d’Art Contemporain) pour pas moins d’1,2 million d’euros ! César se met alors à décliner son pouce en différents formats et matériaux. La Défense lui commande un exemplaire en 1989, qui est inauguré quelques années plus tard en 1994. Mais en ce qui concerne les dimensions,  il n’a plus presque plus rien à voir avec le tout premier pouce. Il mesure en effet 12 mètres de haut, pour un poids-plume de 18 tonnes ! Ce format hors-norme en fait une véritable prouesse de la technique du moulage agrandi. Par ailleurs, si vous y jetez un œil de plus près, vous serez impressionné par la finesse des détails du Pouce. On peut même y lire l’empreinte digitale du sculpteur ! 

Quelle symbolique accorder au Pouce ?

Cette statue peut être sujette à de nombreuses interprétations. En premier lieu, le pouce en l’air apparaît comme un signe d’assentiment, une forme d’optimisme éternel. Il peut aussi faire penser au pouce que l’on tend pour valider une décision, et pourrait même faire écho aux empereurs romains qui levaient le pouce lorsqu’ils choisissaient d’accorder la vie aux gladiateurs vainqueurs des combats. Cette interprétation fait d’autant plus sens que le sculpteur se faisait appeler César ! 

Toutefois, cette sculpture apparaît avant tout comme une marque de vanité et de narcissisme. Elle montre en effet le rêve de l’artiste de vouloir conserver éternellement une partie de son corps et de l’exposer aux yeux de tous. Il pourrait être, dans cette optique, un symbole de l’hubris artistique. À ce propos, César s’est amusé à dire avec ironie que s’il avait choisi de reproduire son pouce au départ, c’était surtout pour la commodité d’avoir son modèle à proximité immédiate. 

Le Pouce est aussi intéressant par rapport à la rupture d’échelle qu’il opère. En accordant des dimensions monumentales à une partie minime du corps, César nous force à nous confronter à ce pouce. Si celui-ci peut parfois rendre mal à l’aise, il permet surtout de nous questionner en réalisant un bouleversement total des proportions habituelles. 

Quelques pouces, et d’autres doigts, à travers le monde… 

Comme dit un peu plus haut, César a décliné son pouce sous des formats et des matériaux très variés. Ne serait-ce qu’en France, on trouve une statue de pouce à Boulogne-Billancourt, juste à côté de la Seine Musicale, ou encore à Marseille, sur le rond-point Pierre Guerre, toutes les deux hautes de 6 mètres. Les pouces de César ont même eu l’occasion de traverser les frontières. La ville de Djeddah en Arabie Saoudite a ainsi accueilli un pouce en marbre du célèbre sculpteur, en 1981. Quelques années plus tard, en 1988, c’est au tour de Séoul d’inaugurer un pouce en bronze en l’honneur des Jeux olympiques. On trouve en réalité des pouces un peu partout dans le monde, dans des collections institutionnelles ou des espaces publics, alors ouvrez l’œil lors de vos prochains voyages !

Enfin, sachez que le pouce n’est pas le seul doigt mis à l’honneur dans les sculptures à travers le monde. De fait, si vous vous rendez à Milan, vous pourrez observer une main en train de réaliser un doigt d’honneur, œuvre du sculpteur Maurizio Cattelan, et intitulée L.O.V.E. Et sa localisation n’est pas anodine puisque la sculpture est située juste en face de la Bourse de Milan !

L.O.V.E, Maurizio Cattelan

Marjolaine Milon

Sources :

https://parisladefense.com/fr/decouvrir/oeuvres-art/le-pouce

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Le_Pouce_(La_D%C3%A9fense)

https://www.franceculture.fr/emissions/la-piece-jointe/le-pouce-de-cesar-a-la-defense-oeuvre-imperiale

https://actu.fr/ile-de-france/puteaux_92062/hauts-de-seine-pourquoi-le-pouce-de-cesar-se-dresse-a-la-defense_41316714.html

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Le_Pouce_(C%C3%A9sar)

Images : 

  • Couverture : ©Gabriella Alu’, La Defense – Le Pouce de Cesar, 2006, Flickr, CC BY-NC-ND 2.0
  • Article : ©Guilhem Vellut, Statua del Dito Medio by Maurizio Cattelan, 2019, Flickr, CC BY 2.0

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