Normes alimentaires et santé publique : le cas complexe du  méthylmercure présent au sein du thon 

Le thon en boîte figure parmi les produits de la mer les plus consommés à l’échelle mondiale.  Cependant, sa position de superprédateur dans la chaîne trophique l’expose à une accumulation  de méthylmercure, un dérivé organique du mercure. Si la présence de ce métal est un phénomène  biologique documenté, les débats de ce début d’année 2026 se concentrent sur la structure des  normes internationales et leur adéquation avec les objectifs de santé publique.

Une enquête d’envergure menée par les organisations Bloom et Foodwatch sur 148 boîtes de  thon prélevées dans cinq pays européens (France, Allemagne, Angleterre, Espagne, Italie) a révélé  une présence de mercure dans l’intégralité des échantillons testés (Source : Foodwatch). Les  analyses indiquent que plus d’une boîte sur deux présentait des taux supérieurs à la limite  maximale de 0,3 mg/kg, seuil habituellement appliqué à la majorité des autres espèces de  poissons de consommation courante.

La gestion des risques chimiques dans l’alimentation est régie au sein de l’Union européenne par  le Règlement (UE) 2023/915. Ce texte définit des teneurs maximales en mercure qui varient selon  les espèces : le seuil général est fixé à 0,3 mg/kg pour la plupart des poissons tandis que le seuil  dérogatoire est fixé à 1,0 mg/kg pour le thon et d’autres grands prédateurs. 

Cette distinction réglementaire repose sur la biologie marine : en raison de la bioaccumulation, le  thon accumule naturellement des concentrations de mercure plus élevées au cours de sa  croissance. Selon les rapports techniques, l’application du seuil strict de 0,3 mg/kg au thon  rendrait une part prépondérante de la production actuelle impropre à la commercialisation,  impactant significativement la filière halieutique. Les normes en vigueur résultent donc d’un  arbitrage technique entre les niveaux de contamination observés chez l’espèce et les impératifs  de sécurité sanitaire.

Le méthylmercure est classé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme l’une des dix substances les plus préoccupantes pour la santé humaine. Ce composé possède la capacité de franchir les barrières hémato-encéphalique et placentaire. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) souligne que l’exposition, notamment prénatale, est susceptible d’influencer le développement cognitif et moteur de l’enfant. 

En France, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation) précise que la  consommation de poisson reste bénéfique pour la santé, mais recommande aux populations  sensibles, notamment les femmes enceintes et les jeunes enfants, de limiter la consommation de  ces grands prédateurs et de diversifier les espèces consommées pour minimiser l’exposition.

La fixation de ces seuils fait l’objet de discussions régulières au sein du Codex Alimentarius,  l’organe conjoint de la FAO et de l’OMS chargé des normes alimentaires internationales. Les  négociations y suivent souvent le principe ALARA (As Low As Reasonably Achievable), visant des  seuils aussi bas que possible tout en restant compatibles avec les réalités du commerce  international. 

Ce cadre illustre la complexité des négociations sanitaires mondiales, où doivent se concilier les  impératifs de protection des consommateurs et la viabilité des ressources alimentaires globales.

Crédit photographie : Daniel Case, Canned tuna on sale at a supermarket, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Canned_and_packaged_tuna_on_supermarket_shelves.jpg 

Sources :  

BLOOM, Du poison dans le poisson : le thon contaminé au mercure , Rapport d’enquête, 3  octobre 2024, https://bloomassociation.org/wp-content/uploads/2024/12/rapport-Mercure FR.pdf, Consulté le 16 décembre 2025 

s.n., Thon contaminé au mercure : l’alerte de BLOOM et Foodwatch , Foodwatch, 29 octobre  2024, https://www.foodwatch.org/fr/communiques-de-presse/2024/thon-contamine-au-mercure lalerte-de-bloom-et-foodwatch, Consulté le 16 décembre 2025 

s.n., Règlement (UE) 2023/915 de la Commission du 25 avril 2023 relatif aux teneurs maximales  pour certains contaminants dans les denrées alimentaires , Journal officiel de l’Union européenne,  25 avril 2023, https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2023/915/oj/fra, Consulté le 16 décembre 2025 

OMS, Le mercure et la santé , Organisation mondiale de la Santé, 31 mars 2017, https:// www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/mercury-and-health, Consulté le 16 décembre  2025 

EFSA, Metals as contaminants in food , European Food Safety Authority, 2024, https:// www.efsa.europa.eu/fr/topics/topic/metals-contaminants-food , Consulté le 16 décembre 2025

ANSES, Méthylmercure : un risque pour la santé en cas de consommation importante de poissons  , Avis de l’Anses, 2024, https://www.anses.fr/fr/content/methylmercure-un-risque-pour-la-sante en-cas-de-consommation-importante-de-poissons , Consulté le 16 décembre 2025 

CODEX ALIMENTARIUS, General Standard for Contaminants and Toxins in Food and Feed , CXS  193-1995, révisé en 2025 , https://www.fao.org/fao-who-codexalimentarius/sh-proxy/en/? lnk=1&url=https

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