Éditorial, Octobre 2018

Bastoy, petite île bucolique au large d’Oslo, a des airs de petit paradis. Pourtant, première prison « humaniste » du monde, elle est connue pour le taux de récidive de ses détenus le plus bas du monde : 16%. (Un chiffre qui témoigne de la supériorité évidente des pays scandinaves en matière de détention.)

Réhabiliter plutôt qu’emprisonner ? C’est le pari qu’ont fait ces pays nordiques avec leurs délinquants. Pari gagnant si l’on s’en réfère aux statistiques. Si le taux de récidive en France est en hausse de sept points depuis les années 90 et culmine aujourd’hui à plus de 60%, il plafonne à seulement 20% pour les pays scandinaves. Les prisons françaises, elles, débordent. En mars 2018, le pays atteignait un record de 69 430 incarcérés, soit un surpeuplement de 18%. Des prisons pleines mais vides de sens ? Chacun peut porter son propre jugement moral sur cette institution. D’un point de vue pragmatique, son sens primaire envers la société reste en déroute. Lieu privatif de libertés par définition, la prison a pour objectif de protéger la Société des individus dangereux. Or en 2018, sur 10 mineurs emprisonnés, 6 retournaient en prison dans les 5 ans suivant leur libération. Selon ces statistiques, la prison apparaît plus comme une école du crime que comme une voie de réinsertion.

La perspective morale de la prison est tout aussi incertaine et pose la question de la légitimité. L’Homme peut-il enfermer l’Homme ? Si sanctionner apparaît nécessaire au sein d’une société, la prison, utilisée depuis treize siècles, apparaît elle, comme un système pour le moins archaïque. L’emprisonnement entraîne inexorablement la mort sociale de l’individu. Le 18 septembre 1981, Robert Badinter obtenait de l’Assemblée Nationale l’abolition de la peine de mort en France. Certes, en apparence moins révoltante et moins barbare que la mort physique, la mort sociale est tout aussi archaïque et cruelle.

Alors comment donner du sens à nos prisons ? L’inspiration est peut être à puiser chez nos voisins scandinaves. À Bastoy, la prison est propre, sans barreaux et autosuffisante. Une approche plus humaniste, une prison qui respecte plus qu’elle n’opprime, une prison qui réhabilite plus qu’elle n’isole. Une prison qui a du sens.

Violette VIARD

Illustration : Arléty ROY

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