Le Kāmasūtra décrypté

Le 6 septembre dernier, l’homosexualité était enfin dépénalisée en Inde. Mais le pays reste aujourd’hui encore très conservateur, empreint d’une morale rétrograde réprimant la sexualité en général et l’entourant de tabous. Il peut alors paraître paradoxal qu’il soit également à l’origine du fameux Kāmasūtra, livre écrit pendant l’âge d’or de l’Inde ancienne. Retour sur un écrit sulfureux dont la publication ne fut autorisée qu’en 1962 en Angleterre et aux États Unis.

Le Kāmasūtra, quésaco ?

Écrit par Vātsyāyana au IVè siècle de notre ère, il est surtout connu pour les 64 positions sexuelles qui y sont recensées. Mais le Kāmasūtra est en fait un recueil de sept livres abordant les différents aspects de la vie amoureuse, allant de la façon d’être une bonne épouse, jusqu’à la description de positions homo ou hétérosexuelles, en passant par des conseils sur la pratique de l’infidélité. En Inde ancienne, le plaisir ou l’amour (kāma) est en effet aussi important que la conformité à la Loi (dharma) ou la prospérité (artha), tous les trois buts de l’existence humaine. Ils font donc logiquement l’objet d’une littérature classique, qu’on pourrait qualifier ici d’encyclopédique. Quand ces trois principes sont équilibrés, l’activité sexuelle, permettant à l’individu de s’accomplir pleinement dans cette vie, participe alors au bien de l’ordre universel. Elle est donc un devoir religieux. Le Kāmasūtra aide au respect de ce devoir en fournissant aux amants les règles du plaisir pour vivre en harmonie, et ce à destination des hommes et des femmes, aussi bien courtisanes que princesses.

Sexe et religion

Loin des conceptions occidentales, l’Inde ancienne considère donc le sexe comme naturel et prolifique pour la société. Les temples sont souvent les supports de la célébration de la fertilité ; on peut notamment citer ceux de Khajuraho où les célèbres sculptures de couples en étreintes sexuelles possèdent de complexes valeurs symboliques, notamment l’union spirituelle entre le fidèle et la divinité. On peut aussi prendre pour exemple le linga, phallus de pierre symbolisant l’énergie créatrice divine, qui placé dans un réceptacle yoni(vulve) est l’élément le plus sacré dans un temple shivaïte.

Le scandale du Kāmasūtra

Mais l’ère coloniale apporta avec elle le déclin du Kāmasūtra, victime de la morale chrétienne britannique qui ne trouva que dépravation dans cette vision du sexe et de la liberté féminine. La spécialiste du sujet, Wendy Doniger, considère les mouvements politiques hindous traditionalistes actuellement au pouvoir comme héritiers de cette censure. Entre gêne et dénégation qu’inspire maintenant le texte dans son pays de naissance, la place de l’amour comme but de l’existence aux côtés de la Loi et et de la prospérité semble aujourd’hui comme un lointain souvenir.

Juliette TESTAS

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