La Fiction à l’épreuve de la Science

La seule façon de découvrir les limites du possible, c’est de s’aventurer  un peu au-delà, dans l’impossible.

– Arthur Charles Clarke

Les inventions cinématographiques extravagantes des réalisateurs de Science-Fiction ne cessent d’émerveiller le grand public, poussant l’imagination de l’esprit à son paroxysme. Que ces inventions s’appuient sur des techniques ou des progrès à venir n’en font pas pour autant des réalités scientifiques. Certaines des aberrations les plus criantes, comme la présence de sons ou d’explosions dans l’espace, se sont implantées dans la cinématographie spatiale bien qu’elles n’aient aucune véracité.

Voici un petit tour des aberrations plus subtiles, davantage centrées sur des concepts cosmologiques et philosophiques qui ont souvent fasciné les Hommes :

 

On pourra un jour atteindre la vitesse de la lumière !

IMPOSSIBLE // Toute notre physique actuelle repose sur un principe qu’Einstein nous apprit en 1915 : il existe dans l’Univers une vitesse maximale constante et infranchissable qui est celle des ondes électromagnétiques, souvent écourtées par le terme de lumière. La sonde spatiale Voyager 1 détient à ce jour le record de 62 100 kilomètres par heure. C’est la plus grande vitesse qu’un objet créé par l’Homme ait décroché, mais elle ne représente que 0,00006% de celle de la lumière ! Seuls les photons – du fait de leur masse nulle – peuvent l’atteindre. Il est intéressant de noter que quand bien même les phases « Vitesse-Lumière » des vaisseaux Star Wars existaient, il serait impossible de voir les étoiles se muer en traits lumineux sous l’effet du déplacement. Notre Univers étant essentiellement composé de vide – on dit que sa structure est lacunaire – les corps qui le peuplent sont extrêmement espacés. Un réalisateur et artiste américain nommé Alphonse Swinehart a montré avec une simulation que même si l’on s’éloignait du Soleil à la vitesse de la lumière, on verrait en réalité la taille de notre étoile diminuer très lentement. Presque deux millions et demi d’années seraient ainsi nécessaires avant d’atteindre Andromède, notre plus proche voisine galactique. Bien trop déraisonnée et exagérée par la vulgarisation cinématographique, la vitesse de la lumière s’avère en réalité plutôt « lente » à grande échelle, bien qu’on ne se la représente guère comme telle dans la pensée. Se lancer à la conquête des astres aux quatre coins de l’Univers, telles les croisades intergalactiques ardentes que Frank Herbert illustre dans la saga Dunes, risque de s’avérer plus compliqué que prévu…

 

Il sera possible de voyager dans le Temps.

IMPROBABLE // Source d’extravagance, de fantaisies et d’ineffables songes, les Hommes ont fait du voyage temporel le berceau d’incroyables récits de science-fiction. Piégés par l’irréversibilité du temps, ils ont souvent rêvé d’outrepasser les barrières pourtant intangibles de la physique, afin de revivre le passé ou de découvrir l’avenir. La théorie de la Relativité Restreinte autorisant la dilatation du temps – du fait de l’impossibilité pour un corps d’atteindre la célérité de la lumière – il est légitime de se demander si ce paramètre pourrait être exploité en vue de rendre le voyage temporel à notre portée. Il découle en effet de la dilatation du temps un étonnant phénomène, illustré dans le Paradoxe des Jumeaux du physicien Paul Langevin. Imaginez un jumeau quittant son frère pour un périple à bord d’un vaisseau spatial. Si ce dernier est capable d’approcher la vitesse de la lumière, et que l’autre frère reste sur Terre durant toute cette odyssée, alors au retour ils n’ont plus le même âge. Le temps s’est dilaté pour le jumeau qui avoisinait la vitesse de la lumière. Il revient donc sur Terre plus jeune que son frère, comme projeté dans le futur. Si la théorie confirme les faits, nos limites technologiques actuelles sont telles que nous sommes encore loin d’atteindre ne serait-ce qu’un pourcent de la vitesse de la lumière, rendant finalement un tel évènement absolument chimérique. Et voyager dans le sens rétrograde du temps, pour revivre le passé voire y changer le cours des évènements, constituerait une transgression à notre principe de Causalité – qui stipule que toute conséquence, tout effet est nécessairement précédé d’une cause – et cela produirait de surcroît de nombreux paradoxes. Imaginez le créateur d’une machine temporelle qui irait accidentellement tuer son lui du passé. Décédé, la machine ne sera finalement jamais conçue. Mais ceci annulerait le voyage temporel et par conséquent la mort accidentelle de l’inventeur. Rendant à nouveau possible la création de la machine et donc son retour dans le temps. Une insolite boucle sans fin apparaît. Il est dès lors manifeste que plonger plusieurs millénaires dans le futur ou s’évader dans les tréfonds du passé s’avèrent davantage utopiques que raisonnés.

 

Il existe une infinité d’Univers parallèles au nôtre.

NON RÉSOLU // Les réalisateurs de Rick et Morty ne sont pas les premiers à avoir imaginé une multitude de mondes parallèles étonnants. Selon les physiciens Hugh Everett et Andreï Linde, notre Univers n’en serait qu’un parmi une infinité d’autres, le tout formant ce qu’on l’on appelle un « Multivers ». Si les sectateurs de la théorie des cordes soutiennent la notion de Multivers pour sa fécondité, celle-ci ne fait pas l’unanimité au sein de la communauté scientifique. Notons qu’à mesure que les Sciences ont progressé, des phénomènes que l’on croyait distincts ont pu être unifiés : Isaac Newton montra que c’est la même force – celle gravitationnelle – qui régit la chute d’une pomme et le mouvement des planètes. Maxwell montra qu’électricité et magnétisme ne sont que deux aspects du même phénomène, tandis qu’Einstein unifia le temps et l’espace, l’énergie et la matière. S’il est manifeste que rien ne prouve l’existence d’un seul Univers, on constate qu’il règne cependant comme une profonde unité en son sein. Tout semble tendre vers l’Un, s’opposant à l’infinité des Mondes. Les plus conservateurs fervents de son unicité ajouteront à cela que l’existence d’une constante fine dans chacune de nos grandes théories – la célérité de la lumière c pour la Relativité par exemple, ou la constante de Cavendish G pour la Gravité –  montrent que notre Univers est très spécial. La présence de ces constantes, que la physique détecte et que les mathématiques théorisent, rend possible l’équilibre des interactions fondamentales, l’existence des galaxies, des astres et de la vie même.

Unicité ou Pluralité des Mondes ? Seul l’avenir nous l’apprendra.

 

Nous ne sommes pas seuls dans l’Univers.

TRÈS PROBABLE // L’équation de Drake, formulée en 1961 par un astronome américain, estime qu’il peut exister dans notre galaxie aussi bien une que des millions de civilisations intelligentes, selon les paramètres astronomiques et probabilistes précis qu’on y insère. Cela peut paraître à première vue étonnant : plus nous avons exploré notre Système solaire, plus il nous est apparu stérile. La vie, semble-t-il, a besoin de conditions très particulières pour éclore. Apparue sur Terre il y a environ quatre milliards et demi d’années, aurait-elle pu émerger sur d’autres astres – qu’ils soient proches ou lointains, similaires ou différents du nôtre ? Beaucoup de scientifiques l’envisagent. Les conditions qui prévalaient il y a quatre milliards et demi d’années sur notre planète primitive étaient infernales : océans brûlants et acides, volcanisme ardent, bombardements d’astéroïdes, climat chaotique et déluge valurent le nom d’Hadéen à ce temps géologique. Pourtant, ces conditions se sont avérées favorables à la vie. On pense même aujourd’hui que des satellites naturels de notre propre Système solaire, comme Titan, Encelade ou Europe, pourraient l’abriter sous forme de cellules primitives. Il serait exceptionnel de découvrir que la vie, si complexe soit-elle pour nous, puisse coexister sur différents astres d’un même système planétaire. Ajoutons à cela que notre galaxie – la Voie Lactée – abrite entre deux cents et quatre cents milliards d’étoiles, et au moins cent milliards de planètes. À ce stade déjà, les nombres ne parlent plus à l’esprit. Multipliez cela par les myriades de galaxies qui peuplent l’Univers. Nous ne savons même pas si notre Univers est unique. En une question – si simple, si raisonnée mais si contrariante pour les partisans invétérés du principe anthropique – il est possible de formuler ce que Freud encore vivant appellerait l’ultime blessure narcissique de l’humanité.

Et si la vie n’était qu’une banalité ?

Carla CORNIL BAÏOTTO


Simulation d’Alphonse Swinehart ici → https://www.youtube.com/watch?v=PBwnF4ZGs4s

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