L’immunité du Saint-Siège

Le 7 mars 2019, le cardinal Barbarin, proche du pape François, est condamné à six mois de prison avec sursis pour non dénonciation des agressions pédophiles de l’ancien prêtre Bernard Preynat, condamné pour avoir abusé sexuellement de dizaines d’enfants entre 1970 et 1990. Le cardinal Louis Ladaria, qui avait été appelé à témoigner lors du procès du cardinal Barbarin en raison d’un échange de mails incitant ce dernier à « prendre les mesures disciplinaires adéquates, tout en évitant le scandale public », n’a pas dû comparaître au tribunal. La raison ? « L’immunité pénale aux agents publics pour les actes accomplis au nom du souverain pontife » mise en avant par le Vatican…

En effet, issue d’une pratique datant du Moyen-Âge, le pape possède la prérogative de pouvoir invoquer l’immunité diplomatique dans la plupart des pays, pour lui-même et pour ceux qui agissent en son nom. C’est à dire que toute décision concernant l’organisation ou la morale de l’Église est ainsi susceptible d’être couverte du sceau de l’impunité. Il s’agit de l’unique dirigeant religieux à disposer de ce pouvoir démesuré. En particulier avec le surcroît d’affaires récentes similaires au sein de l’Église catholique, qui soulève des questions éthiques et judiciaires, l’immunité papale est de plus en plus remise en question.

De plus, un rapport des Nations Unies a dénoncé en 2014 que le Saint-Siège a protégé des prêtres soupçonnés de pédophilie, en se préoccupant en priorité de sa réputation au déterminant des victimes. Les cas qui impliquent des dirigeants ecclésiastiques qui se couvraient mutuellement sont malheureusement nombreux. C’était par exemple le cas avec le scandale en Pennsylvanie en 2018, où près de 300 prêtres avaient été dénoncés pour avoir commis des agressions sexuelles sur des centaines d’enfants pendant plusieurs décennies; ou encore celui de Fernando Karadima au Chili, dont le scandale a dévoilé l’étendu des dissimulations.

L’Église n’a alors pas entrepris les mesures pour mettre fin à ce fléau. Certains responsables religieux n’ont jamais eu à rendre de comptes à la justice, comme le prêtre Fernando Karadima qui fût « condamné » à une vie de « prière et de pénitence ». Le principe que des religieux peuvent bénéficier d’une impunité semble être contraire à nos principes démocratiques et une moquerie face à la gravité des crimes commis.

Ashwin Soobhug 

Crédit image: Rolando C

 

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