Infobésité : quand sur-informer rime avec désinformer

A l’heure d’internet, où les données circulent en quelques secondes, l’objectif de l’information n’est plus une question de fond mais de forme. On veut tout, tout de suite, le plus rapidement possible. Avec les réseaux sociaux tout le monde peut se penser journaliste. Ainsi, le flux de données internet entraîne les médias dans une véritable course à l’information. Le nombre d’articles publiés, partagés et copiés ne fait qu’augmenter à une vitesse fulgurante. Ce phénomène a un nom : l’infobésité. On peut donc se demander si, aujourd’hui, cette surinformation n’est pas devenue de la désinformation. Les conséquences liées à l’infobésité sont multiples dans le monde médiatique et numérique. Face à ce problème, des solutions émergent et permettent de s’affranchir de cette mode devenue une norme.

Concrètement, c’est quoi l’infobésité ?

Il faut revenir en 1962, avant même l’apparition d’internet. A cette époque s’emploie déjà l’expression « information overload » pour parler du rythme de production élevé des savoirs. La fin du XXème siècle marque, pour les médias, une transformation aussi importante que brusque : le passage au numérique. La vitesse et la facilité d’utilisation du web permettent une déferlante de données. En 1993, dans The Next Progressive, David Schenk nomme ce trop plein d’informations « l’infobésité ». Caroline Sauvajol-Rialland propose en 2011 une tribune sur le sujet dans Le Monde informatique et la définit comme : « le fait de recevoir plus d’informations qu’il est possible d’en traiter sans porter atteinte à l’individu ou à son activité ». Selon elle, nous avons produit plus d’informations ces trente dernières années qu’en 2000 ans d’histoire.

Il y a trop d’informations, de données, de contenu. Les médias ont dû s’adapter à ce système pour rentrer dans le moule. Aujourd’hui, ils reçoivent trop de demandes et publient encore plus. Pour être numéro un face à la concurrence, un média se doit d’être le premier à publier. Et si ce n’est pas le cas, il va falloir reprendre le plus rapidement possible ce que les autres ont fait. Par exemple, en 2017, une étude traitant de la production journalistique sur internet est publiée par l’économiste Julia Gagé et deux chercheurs de l’INA. « L’information à tout prix » nous apprend qu’en 2013, une actualité dite « chaude » sera reprise en 230 secondes en moyenne. A ce rythme, comment exiger de la qualité ? L’infobésité c’est de la tension entre le qualitatif et le quantitatif.

Fake news, copié-collé et surcharge informationnelle : la « médiocratisation » du journalisme

L’infobésité c’est de la surinformation. Une étude de l’Université de Columbia démontre que, statistiquement, une personne sur six partage un article qu’elle n’a pas lu. Elle a multiplié notre processus de production : les gens ne savent plus quoi lire, ils sont noyés dans une surcharge informationnelle, cela devient de la désinformation. D’après William Demuyter qui traite du sujet dans La Revue des médias, ce problème illustre un désintérêt des lecteurs causé par l’infobésité. Le changement de rythme numérique a provoqué un déclin de l’activité journalistique. Il y a moins de journalistes mais plus de demande et c’est là que survient cette tension entre qualitatif et quantitatif. Le journalisme se « médiocratise ».

Cette demande engendre du copié-collé journalistique. Les journalistes doivent faire plus, plus vite, ils sont donc obligés de redéfinir leurs moyens. L’étude de Julia Gagé explique que, sur 2,5 millions d’articles, 64% du contenu est repris en partie voire intégralement d’autres articles. C’est « l’imitation en continu » titre Libération. L’information est devenue une marchandise.

Partage des infos effréné et copié-collé, ces deux conséquences permettent à l’infobésité la prolifération d’un virus : la fake news. Avec la démocratisation des nouveaux médias numériques et des réseaux sociaux, il est aujourd’hui indispensable d’orienter le journalisme vers de la vérification face à la prolifération des fausses informations, rumeurs et désinformations.

Quand ralentir rime avec approfondir : les solutions face à l’infobésité

Parlons, pour commencer, de « slow journalism ». C’est, pour Rob Orchard le fondateur de la revue britannique Delayed Gratification, la solution face à l’infobésité. Ce moyen prône un journalisme plus lent, plus réfléchi, plus précis. « C’est plus que de la lecture, c’est de l’immersion » explique Amélie Mougey, journaliste au Quatre Heures. C’est le cas de la revue XXI, un trimestriel créé par Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry qui, depuis 2008, propose des reportages. Composée d’écrivains, de reporters, de photographes et d’auteurs de BD, elle est sans publicité mais demande un abonnement. Le format trimestriel permet ce « slow journalism », le contenu est travaillé, il est varié et ciblé sur un thème clé qui permet d’en aborder tous les angles. D’autres journaux comme Le 1 vont par exemple ne traiter qu’un seul sujet par semaine. Ces médias développent un mode de fonctionnement qui cherche à s’affranchir des codes de diffusions établies aujourd’hui.

En 2017, pour faire face à l’infobésité, des journalistes, célébrités et personnes politiques se mobilisent pour un média citoyen et publient un manifeste dans Le Monde. Alternatifs, gratuits en s’affranchissant de la dictature de l’urgence, ils trouvent des solutions face à l’infobésité. Les recherches pour endiguer la pandémie sont donc prometteuses mais la maladie est encore loin d’être guérie.

Guillaume JAROUSSEAU

image illustration : @cruz_marquez_

Linfobésité_2

sources :

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