Cinéma et psychiatrie, entre fascination et répulsion :  pourquoi et comment montrer la maladie ?

Black Swan, The Voices, Psycho, Le silence des agneaux autant de films dont la trame se nourrit des tourments vécus par leurs protagonistes principaux. Bipolarité, schizophrénie, cannibalisme, voici ce qui les unit : le trouble psychiatrique. Le cinéma se plaît à mettre en scène les pathologies mentales, pour le meilleur et parfois pour le pire.

 

Une mise en scène stéréotypée au détriment d’une description clinique 

Selon Edouard Zarifian, défunt psychiatre et professeur d’université français, « la représentation de la folie n’a pas pour but d’offrir une description clinique réaliste » . Ainsi, le cinéma ne prétend pas à un réalisme clinique quand il s’agit de représenter la maladie mentale, bien au contraire, il use d’images spectaculaires privilégiant les crises, les hallucinations ou encore les délires percutants pour le spectateur. Porté par les contraintes d’un médium où l’image est reine, le réalisme laisse souvent place à une représentation stéréotypée en décalage avec le vécu des malades. Dans le cas de la schizophrénie, ces derniers sont souvent représentés comme étant sujets à des hallucinations visuelles ou des dédoublements de personnalité alors que, dans les faits, ces derniers sont mineurs, les expressions dominantes de la maladie étant des hallucinations auditives ou de la sensibilité interne.

 

Des pathologies spectaculaires

L’imaginaire associé aux pathologies psychiatriques interroge, fascine et, inspire des intrigues folles aux réalisateurs. Pourtant, le cinéma dans son traitement de la maladie mentale opère un choix radical dans les pathologies à représenter. La plus représentée, la schizophrénie, semble disposer d’une aura cinématographique particulière. De plus, le malade au cœur de l’intrigue est porté par des pulsions sanguinaires, le lien entre violence et maladie paraissant incontournable. Le diagnostic psychiatrique reconnaît, en effet, un lien entre l’un et l’autre mais au contraire celui-ci affirme que les personnes atteintes de troubles, tels que la schizophrénie, ont plus de chance d’être victimes de violence plutôt que de se montrer violents envers les autres. Cette interprétation erronée a donné naissance à des films caricaturaux comme Shining dans lequel Jack Nicholson est pris de folie meurtrière contre sa femme et son fils. Si la schizophrénie reste le chouchou des salles obscures, d’autres maladies attisent la curiosité des réalisateurs. On peut citer, le syndrome post-traumatique notamment représenté dans Voyage au bout de l’enfer de Michael Cimino dans lequel des vétérans de la guerre du Vietnam se retrouvent hantés par leurs souvenirs de guerre ; ou encore les troubles de la personnalité, on ne peut contourner l’emblématique Psycho où Hitchcock donne à voir un Norman Bates sujet à un impressionnant trouble dissociatif de l’identité le faisant osciller entre  son identité réelle et celle de sa défunte mère.

Une imagerie manichéenne en décalage avec le réel

La maladie dans sa représentation cinématographique semble suivre deux logiques concurrentes ; d’une part, l’intrigue se centre sur un fou meurtrier (à l’instar d’un Hannibal Lecter cannibale dans le Silence des agneaux) ; d’autre part, on pose la personne malade comme une victime de la société (c’est le cas de l’héroïne de Family Life). En somme, le discours se fait manichéen ne permettant pas de rendre compte du mécanisme complexe de ces maladies. Cette imagerie dualiste se nourrit des fantasmes du public en même temps qu’il contribue à les perpétuer.

 

Le cinéma, un outil pour la psychiatrie ?

Malgré une représentation stéréotypée souvent éloignée des réalités cliniques, le cinéma peut, de façon paradoxale, s’avérer être un outil pour la psychiatrie. En effet, des bons films sur les maladies il en existe et ceux-ci peuvent s’avérer une aide précieuse pour la formation des futures psychiatres. C’est aux Etats-Unis notamment que la portée éducative des films est exploitée. Divers organismes recensent les films exploitables et établissent des catalogues destinés à l’enseignement, c’est le cas du catalogue de l’Université du Texas établit par Ruth Levine proposant aux étudiants le visionnage de Citizen Kane ou de Lawrence d’Arabie pour le trouble narcissique.

 

Le « malade mental » inspire peur et pitié, parfois même les deux à la fois. Qu’il soit peint sous les traits d’un meurtrier assoiffé de sang ou d’un paria aux marges de la cité, le discours qu’on porte sur lui correspond à la représentation médiatique qu’on fait de la maladie. Le trouble psychiatrique tel qu’il est représenté par le 7ème art, aussi caricaturale soit-il, est révélateur du rapport de notre société à l’égard de la maladie. Pour Edouard Zarifian, entre cinéma et psychiatrie il faut voir une « image en miroir […] où le cinéma s’inspire de la psychiatrie et où la psychiatrie se regarde dans le cinéma ». En cela, l’image est une donnée qui pousse à une réflexion sur la maladie vécue, pour le psychiatre celle-ci devrait nous inviter à « réinventer un nouveau visage pour la folie ».

 Marion SAUTRON

 

Sources: 

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