Rentrée littéraire : TÉRÉBENTHINE, CAROLE FIVES (GALLIMARD, COLLECTION BLANCHE, 2020)

Au début des années 2000, Luc, Lucie et la narratrice se rencontrent et forment, dans les caves des Beaux-Arts de Lille, le groupe marginal des Térébenthines. Alors que leurs professeurs et leurs camarades méprisent la peinture, considérée comme un art vieillissant, le trio persiste et refuse de lâcher ses pinceaux. 

Dans ce nouveau roman, Carole Fives propose à son lecteur de prendre place dans les profondeurs des Beaux-Arts lillois : le troisième personnage, c’est vous. L’étudiante indécise, anonyme, assaillie de tourments et d’espoir, c’est vous. La narration à la deuxième personne vous transporte dans l’esprit d’une artiste en herbe qui interroge constamment son rapport à l’art et au monde, avant de révéler une mise en abyme sublime et vertigineuse. 

Pourquoi peindre ? Et surtout, pourquoi continuer ? Le roman s’attache à décortiquer cette obsession, cette conviction à contre-courant qui anime les trois personnages et selon laquelle la peinture peut et doit continuer à exister. Pour Luc, c’est une lutte constante au dénouement tragique ; pour Lucie, une passion de jeunesse qui laisse place à la raison. Et pour la narratrice ? À sa réflexion sur la peinture et l’art se superpose celles de son rapport aux hommes, à la féminité. Comment être une femme dans le monde en général et surtout dans celui de l’art ? Alors que les formations artistiques sont composées à grande majorité d’étudiantes, les femmes ne sont pas au programme. Aux élèves de les trouver, de s’y référer, et d’y puiser de nouvelles inspirations. Le récit abonde de références artistiques, plus ou moins connues : Yves Klein et Picasso vous seront très sûrement familiers, mais connaissez-vous Rothko, Cindy Sherman ou encore Miss. Tic. ? Pas besoin d’être passionné d’art pour que la curiosité vous pique, et c’est sans doute l’un des buts de l’autrice : donner envie, redorer le blason de la peinture et des arts en général. 

Pour Carole Fives, cet ouvrage a, en effet, une autre dimension : celle de l’autofiction. L’autrice a elle-même étudié aux Beaux-Arts de Lille, avant de devenir professeure d’arts plastiques, puis écrivaine. Térébenthine est à la fois une fiction, une autobiographie et un roman d’apprentissage. En retraçant chronologiquement, le parcours commun de trois étudiants-artistes, le roman lève le voile sur le monde mystérieux et idéalisé des Beaux-Arts ; et, sur son revers : la dureté des professeurs, le sentiment de marginalisation ou le peu de perspectives professionnelles. 

Peut-être faut-il continuer à peindre pour les mêmes raisons qu’il faut continuer à écrire : pour émouvoir, pour transporter, pour inspirer, et pour soi. Alors, si l’envie vous est un jour venue de prendre un pinceau, lancez-vous. 

Chloé Touchard

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