Les Cent médias et la Liberté

Le 23 septembre 2020, tandis que le procès des attentats de 2015 bat son plein, les médias français lancent un appel solennel. 

Alors que commence un procès qui s’inscrira dans l’histoire, l’un des rares procès français filmés, Charlie Hebdo ne pouvait rester silencieux. L’initiative de plus de cent médias français, rassemblés sous l’impulsion du directeur de publication de Charlie Hebdo, est ainsi lourde de sens.

Ces cent médias, signataires d’une lettre ouverte aux citoyens, souhaitent rappeler l’importance primordiale de la liberté d’expression. Il s’agit d’un cri de détresse pour la défendre et rappeler qu’elle est fondamentale. En France, la Liberté d’expression est non seulement un principe fondateur de la démocratie mais c’est aussi un concept juridique clef dans la vie de chaque citoyen. C’est un droit inscrit comme suit dans l’article 10 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen et dans notre Constitution : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi ». L’initiative médiatique traduit une urgence : les médias souffrent.

Pourquoi cette déclaration solennelle ? 

Alors que le procès des attentats de 2015 remet sur le devant de la scène la confrontation “liberté d’expression” – “liberté de culte”, il convient de rappeler, que le blasphème n’est pas punissable dans notre pays. Malgré ceci, la menace ne cesse de peser sur les médias qui critiquent, choquent et dérangent au sujet de la religion. Les attentats de 2015 sont un exemple des plus marquant du danger qui plane sur les journalistes, essayistes et dessinateurs qui s’expriment librement sur ce thème. La liberté d’expression a payé un lourd tribut en 2015. Les médias se souviennent et ne peuvent faire fi de ces menaces incessantes. Elles sont de plusieurs natures : la lettre ouverte évoque notamment des menaces de mort et des menaces terroristes. C’est en partie contre cela que les cent médias souhaitent se battre en mobilisant les citoyens.  Néanmoins, ce texte semble cacher une autre réalité.

Il rappelle d’abord que la presse est libre d’informer, et ce depuis la loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881. Toutefois, depuis fin 2018, alors que la France est secouée par les nombreuses manifestations du mouvement des gilets jaunes, un grand nombre de journalistes accrédités ou indépendants sont confrontés aux barrières étatiques. Après les déclarations du Schéma national du maintien de l’ordre publié le 17 septembre par le Ministère de l’Intérieur, la presse a peur d’être muselée. Le statut des journalistes couvrant les manifestations y semble peu clair ; il est stipulé qu’ils doivent être identifiés et obtempérer aux ordres de dispersion lors de sommations policières, or il n’est pas nécessaire de posséder une carte de presse pour exercer le métier de journaliste. De plus, un devoir d’information requiert une présence constante sur les lieux pour observer et rendre compte, comme le rappelle Amnesty International. 

C’est donc non seulement en faveur de la liberté d’expression citoyenne que se mobilisent ces cent médias, mais aussi pour la réaffirmation de la liberté de la presse. 

Manifestations citoyennes, religion, politique… Tant de sujets qui divisent mais sur lesquels les médias ont un devoir d’information qui, selon leurs lignes éditoriales, peut déranger. L’information, qu’elle soit donnée sur un ton sérieux ou avec humour est un devoir de la presse conforme aux principes de la liberté d’expression, comme le rappellent ces cent médias. 

Pluralisme, indépendance et liberté sont donc les mots d’ordre des médias. C’est en redorant le blason de l’Information libre que leur initiative, sous le hashtagg #DéfendonsLaLiberté, tente de raviver une flamme citoyenne historique à travers les principes fondateurs de nos droits : la Liberté, l’Égalité et la Fraternité. Ce sont, aujourd’hui comme hier, les combats de demain, pour l’ensemble des citoyens.

Clémence VERFAILLIE-LEROUX

couverture : la Une du Charlie Hebdo du 23 septembre 2020, tous droits réservés

Sources : 

  • Loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse
  • loi n° 2016-1524 du 14 novembre 2016 visant à renforcer la liberté, l’indépendance et le pluralisme des média 

Laisser un commentaire