DEMAIN : Réchauffement climatique et lutte écologique : les enjeux de demain

Les températures grimpent, les catastrophes naturelles se multiplient : autant de symptômes nous alertant d’une planète qui change. Avec l’accentuation du réchauffement climatique, de nombreuses problématiques émergent. La préservation de l’environnement en est une des principales mais elle ne doit pas occulter la multiplicité et la complexité des enjeux qui sont les nôtres. 

Une planète changeante mettant à disposition des ressources nouvelles 

Dans cet état des lieux pessimiste, les Etats peuvent espérer exploiter des potentialités nouvelles. Si la fonte des glaces pose des problèmes multiples, elle pourrait aussi permettre le développement de nouvelles routes maritimes en même temps qu’un accès à de nouvelles ressources. L’Océan Arctique, notamment, cristallise les ambitions des trois grandes puissances — russe, étatsunienne et chinoise. Cet océan possède des ressources en pétrole et en gaz naturel en plus de disposer d’une position stratégique pour le trafic maritime mondial. Des spécialistes affirment que le trafic transitant par l’Arctique, lorsque ses eaux sont navigables, serait 40% plus rapide que celui qui passe par le canal de Suez.

Ressources nouvelles ou pénuries, des facteurs qui bouleversent la géopolitique internationale

Concernant le développement d’une route maritime dans l’Arctique, la Russie dispose d’une position privilégiée puisque la mer borde ses côtes. Par ailleurs, le développement de cette route s’accompagne d’une militarisation accrue, une manière pour Poutine d’affirmer sa mainmise sur cette voie de circulation en devenir. 

Le cas de l’Arctique met ainsi en lumière les nouveaux rapports de forces qui se jouent sur fond de changements climatiques. On en viendrait même à employer le terme de « guerres climatiques ». De fait, la notion émerge dès 2007 dans les propos de Ban Ki-moon, qualifiant le conflit du Darfour comme la « première guerre du changement climatique ». La notion est néanmoins contestée. Dans son ouvrage Les Guerres du climat : Contre-enquête sur un mythe, Bruno Tertrais, spécialiste en géopolitique et études stratégiques, pose la « guerre climatique » comme une notion « peu défendable » : «  il n’y a pas de « guerres de ressources » au sens où leur rareté serait belligène ». En effet, le réchauffement climatique exacerbe des conflictualités déjà existantes, et il ne faut en aucun cas oublier la responsabilité des Etats dans la gestion des risques..

L’objet « écologie » en question, entre conceptions multiples et dissensions internes au sein du mouvement écologiste

Le pouls de la planète décline, et l’activité humaine en est en grande partie responsable. La lutte en faveur de l’écologie s’organise. Mais laquelle ? Il va de soi qu’au sein de ce développement durable le respect de l’environnement tient une place évidente, mais il ne faut pas oublier la dimension économique et sociale. À ce titre, certains militants dénonçant les inégalités sociales et raciales pointent du doigt un manque d’inclusivité au sein des milieux écologistes. Les tensions internes au mouvement écologiste se sont d’ailleurs exprimées de manière vive lors de la parution, en octobre dernier, du livre Journal de guerre écologique, du journaliste et militant écologiste Hugo Clément. L’application Instagram a été le théâtre de ces affrontements entre militants partisans d’une écologie décoloniale et les militants partisans d’Hugo Clément dénonçant une racialisation d’une lutte qui, selon eux, ne devrait être entachée d’aucun clivage. 


Photo illustrant la dénonciation de la surexploitation des ressources liée au colonialisme et l’avènement des revendications d’écologie décoloniale - © 2020 mycelium

L’écologie de demain, une écologie décoloniale ? 

Qu’est-ce que l’écologie décoloniale ? Si le terme est particulièrement en vogue, la réflexion s’est impulsée dès les années 1960 dans le milieu intellectuel sud-américain en la personne d’Anibal Quijano qui intègre dans sa critique du colonialisme un questionnement sur l’écologie. En France, le sujet a reçu il y a peu un écho retentissant avec la publication en octobre 2019 de l’ouvrage de Malcom Ferdinand, ingénieur en environnement de University College London, docteur en philosophie politique de l’université Paris-Diderot et chercheur au CNRS, Une écologie décoloniale. Penser l’écologie depuis le monde caribéen Malcom Ferdinand soutient que la crise écologique prend racine dans un certain mode d’habiter la Terre qu’il nomme « habiter colonial », qui débute avec le cycle des grandes découvertes inauguré à la fin du XVème siècle. L’« habiter colonial », initié par les colonisateurs sur les terres découvertes, s’est exprimé par une violence inouïe comme en témoigne l’esclavage, la surexploitation des terres et parfois même la contamination des terres et des nappes phréatiques par l’utilisation de produits phytosanitaires à haute toxicité. En somme, l’écologie décoloniale tient en son cœur une critique du colonialisme et s’attèle à désamorcer les dynamiques de domination qui en sont issues. 

© Malcom Ferdinand - SEUIL - 2019 - 24.50 €

L’émergence de la grille de lecture « décoloniale » dans le milieu écologiste fait débat ; comme en témoignent les critiques portées à l’égard de Greta Tunberg lorsque celle-ci a signé la tribune Why we strike again en 2019. Le manifeste co-signé par Luisa Neubauer (activiste en faveur de la défense du climat) et Angela Valenzuela (activiste, coordinatrice de Fridays for Future) affirme que la crise est « alimentée par des systèmes d’oppression coloniaux, racistes et patriarcaux.» Ce genre d’affirmations fait dire aux détracteurs de la thèse décoloniale qu’elle tend à une lecture racialiste de la crise environnementale.

Le réchauffement climatique se tient au croisement des enjeux sociaux, politiques, géopolitiques et  environnementaux au niveau international. La lutte écologique elle-même, en proie à une déstabilisation interne questionnant ses principes, est en passe de se réinventer. Il reste à l’humanité d’être à la hauteur de ces défis.

Marion SAUTRON

Couverture : Dessin de la Terre :  © Michel Cambon (France)

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