La politique : persona non grata sur Twitch 

Depuis quelques mois, la plateforme de livestreams Twitch est vue comme le nouveau média à investir. Elle est un « espace de liberté », décrit Samuel Etienne, véritable ambassadeur de Twitch dans les médias traditionnels. Pourtant, ce dernier est accusé de dénaturer la plateforme en invitant des personnalités politiques à s’exprimer sur sa chaîne.

Un bouillon de culture

Comme expliqué dans notre journal papier de mars dernier, Twitch diversifie de plus en plus ses contenus. Initialement, la plateforme était vue comme le repère des gamers et des joueurs d’E-Sport, qui se filment en direct en pleine partie de jeux-vidéos. Depuis 2018, elle propose d’autres catégories de directs : musique, cuisine ou encore le just chatting. Ce dernier mode, qui permet de simplement discuter avec son audience, a pris de l’ampleur jusqu’à devenir le format le plus important en termes de nombre de visionnages.

Culture générale, histoire, cuisine, bricolage, informatique ; les thèmes sont de plus en plus variés. Certain·e·s n’hésitent pas à hybrider les formats : c’est le cas, par exemple, des chaînes de François Lafond ou d’Histoire Appliquée, qui mêlent jeux-vidéos et cours d’histoire. Des membres du milieu professionnel de l’E-Sport comme Kameto n’hésitent pas à faire des lives de culture générale.

Cette ouverture est revendiquée par la plateforme et ses utilisateurs·trices, le réseau semble ainsi adapté à tous types d’émissions : gaming, talk-shows, cours magistraux…

Nouveaux formats et polémiques

Victime de son succès, Twitch n’échappe pas à une nouvelle vague d’utilisateurs·trices. Ces changements se font au grand dam du public habituel de la plateforme, qui déplore déjà une ambiance et une utilisation dénaturées. Des médias traditionnels comme France Info ou BFMTV investissent le milieu et font face à des vagues de haine et d’insultes importantes. Certaines personnes issues du milieu politique s’y sont également lancées, comme le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, qui y anime une émission – elle aussi accueillie avec hostilité.

La politique est pourtant un sujet qui intéresse les utilisateurs·trices de la plateforme. En témoignent le succès de la chaîne Accropolis de Jean Massiet ou les revues de presse de Samuel Etienne qui, sans parler directement de politique, aborde des sujets d’actualité sensibles.

Il semble alors que le problème ne soit pas « quoi » mais « qui ». La communauté Twitch semble particulièrement réticente à l’arrivée d’outsiders qui ne comprennent pas les codes du stream et se servent de la plateforme comme outil de communication. Accusé de ne pas respecter la « culture Twitch » en invitant François Hollande et Jean Castex, Samuel Etienne a été contraint de lever le pied et de proposer des interviews moins politiques pour ne pas se mettre une bonne partie de son audience à dos. Selon cette dernière, la plateforme doit avant tout rester un lieu de divertissement et d’apprentissage mais en aucun cas se transformer en agora.

Ce débat autour de l’utilisation des réseaux sociaux n’est donc pas sans rappeler le moment où vos parents se sont inscrits sur Facebook et que vous avez déserté les lieux. Mais sur Twitch, les deux camps sont décidés à rester. Malgré la ferveur des utilisateurs·trices qui font tout pour chasser la politique de la plateforme, les concerné·e·s leur tiennent tête : « Si vous n’aimez pas, vous ne regardez pas ».

Lili BENTZINGER

Couverture Image extraite de la rediffusion du live twitch de Samuel Etienne le lundi 08 mars 2021 : « Lundi 20H30, #LaRencontreEstTienne, avec François Hollande : c’est moi qui invite, c’est vous qui posez les questions »

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