Australie : Vous n’en reviendrez pas vivant, partie 3

Ah, l’Australie, une destination de rêve pour beaucoup. Ses plages ensoleillées et ses vastes plaines invitent à la détente dans un calme absolu. Pourtant, il est indéniable que ce pays détient le record d’espèces dangereuses. Entre la pie australienne, le requin blanc, la veuve noire à dos rouge ou encore le poisson-pierre, l’Australie semble être, derrière sa façade féerique, le lieu où tous les cauchemars deviennent réalité.

Les ornithorynques, affreusement mignons, délicieusement dangereux…

Parmi toutes les espèces endémiques d’Australie, l’ornithorynque est probablement la plus étonnante. Ce petit mammifère aquatique poilu à bec de canard n’a jamais cessé, depuis sa découverte, d’étonner et de fasciner les chercheurs.

En effet, dès sa première naturalisation, vers la fin du XVIIIe siècle, l’existence d’un tel animal semblait si absurde que l’on crut d’abord à un canular. Beaucoup de chercheurs, dont Robert Knox, étaient persuadés qu’on avait simplement cousu un bec de canard sur un corps de castor. Quelle ne fut pas leur stupéfaction en en voyant un marcher ?

Depuis ce jour, il n’a cessé de surprendre les chercheurs. D’abord, car l’ornithorynque est un mammifère qui pond, ce qui en fait un des rares membres de la famille des monotrèmes. Une fois les œufs éclos, la mère allaite ses petits d’une manière plutôt originale : le lait maternel, produit par des glandes lactates, est sécrété à même la peau. Les bébés se nourrissent donc en léchant les poils du ventre de leur mère. Autre fait surprenant, l’espèce ne possède pas d’estomac, l’œsophage étant directement relié à l’intestin grêle.

Mais c’est un autre élément qui rend l’ornithorynque dangereux. Les individus masculins possèdent en effet un os en forme d’éperon situé au niveau de leurs pattes postérieures, relié à deux glandes venimeuses au niveau des cuisses. Lors de la période de rut, les mâles sont capables de synthétiser un venin dont ils se servent pour défendre leur territoire. Cette dose de venin est létale pour les animaux de faible corpulence comme les chiens ou les ornithorynques eux-mêmes, mais jamais aucun humain n’en est mort. Toutefois, la piqûre provoque une douleur aiguë qui se propage le long du membre. D’abord violente, elle s’estompe, mais reste rémanente pendant plusieurs mois voire plusieurs années. Malheureusement, même la morphine s’avère inefficace contre elle et ne peut rien contre les gonflements, les nausées et la chute de la pression sanguine qui l’accompagnent.

On peut d’ailleurs trouver dans le 157e volume du Medical Journal of Australia le cas d’un homme de 57 ans piqué deux fois à la main. Les analgésiques étant inefficaces, la douleur avait été telle qu’il avait supplié les docteurs de lui couper la main. Heureusement, la douleur avait fini par s’estomper, mais même trois mois après, il avait attesté avoir encore beaucoup de mal à se servir de sa main.

Il n’existe pas d’autre moyen de se protéger contre la piqûre d’ornithorynque que d’éviter tout contact avec un individu de cette espèce. Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est qu’un animal sauvage, même mignon, reste un « animal sauvage ». En vous approchant de l’un d’eux, vous vous mettez en danger autant que lui. Malgré tout, l’ornithorynque n’attaque que lorsqu’il se sent menacé, un comportement commun à de nombreuses autres espèces.

Toutefois, même si cet animal peut être considéré comme dangereux, des études ont montré que son lait maternel pourrait sauver des vies. En effet, ce dernier contient une protéine capable de tuer ou d’inhiber la croissance de nombreuses bactéries différentes et génétiquement éloignées. Les chercheurs espèrent pouvoir créer un nouvel antibiotique à partir de cette protéine.

Alors, si vous désirez en apprendre plus sur ces particularités étonnantes qui pourraient sauver des vies, je vous donne rendez-vous le mois prochain dans Alma Mater !

Jeanne BOULANGER

Illustration : Un ornithorhynchus. Gravure colorée par J. F. Cazenave. Dessin de Vauthier. Crédit : Wellcome Collection. CC-BY

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