Précarité étudiante : une galère à tous les étages

Il y a deux semaines, Anas s’immolait devant le Crous de Lyon. Depuis, les réseaux sociaux croulent sous le hashtag #Laprécaritétue et sous les témoignages d’étudiants qui dénoncent une précarité, voire une misère, croissante, tout en pointant du doigt le manque d’actions concrètes et de soutien. 

La bourse au centre des débats

Au centre du débat : la bourse, que touche environ 38% des étudiants, attribuée par le CROUS selon le revenu du foyer fiscal auquel l’étudiant est rattaché. Le maximum alloué par le Crous est de 555€, pour un élève éligible à l’échelon le plus élevé sachant qu’ en 2015, l’INSEE plaçait le seuil de pauvreté à 1015€ par mois pour une personne seule. L’année d’après, environ 21% des étudiants étaient considérés par l’organisme comme vivant sous ce seuil. Des chiffres qui toutefois ne rendent pas compte de la réalité, de la misère quasi-quotidienne : certains  étudiants mangent pour 1€ par jour, d’autres survivent grâce aux épiceries solidaires qui ouvrent çà et là. Paquets de pâtes à 10 centimes, viande à moins d’un euro, produits d’hygiène, de quoi subvenir aux besoins les plus pressants et avoir assez pour payer le loyer et les factures au début du mois prochain. 

Des troubles pour la vie étudiante

Selon l’Observatoire de la Vie Etudiante (OVE), près d’un étudiant sur deux travaille à côté de ses études, certains cumulent même plusieurs petits boulots. Sans surprise, la plupart des étudiants estiment que leur emploi a un effet négatif sur leurs études, voire qu’il est la raison de leur échec. Ces témoignages suscitent de nombreuses réactions, parfois en soutien aux étudiants, parfois à leur encontre. Certains soulignent que les études ne sont pas obligatoires, qu’il ne faut pas en faire si on ne peut pas les financer, que les parents doivent aider leurs enfants, ou encore que prendre un travail en plus de la fac, “ce n’est pas la fin du monde”. Dans les réponses, le “ok boomer” se fait sa place, de même que la colère, car le débat est complexe : chaque étudiant à une situation spécifique. Boursier ou non, chez ses parents ou locataire, résident d’une chambre du Crous, étudiant en province ou dans la capitale… les cas de figures sont presque infinis, il n’existe pas d’étudiant “type”, mais autant de situations plus ou moins difficiles. 

Certains renoncent à se chauffer en hiver, d’autres à se soigner, et d’autres encore dépendent d’associations caritatives ; parmi les étudiants qui résident dans des logements du Crous, beaucoup dénoncent l’insalubrité, le manque d’intimité et les loyers exorbitants pour des chambres de moins de 15m². Côté emploi, les plus chanceux décrochent un temps-partiel et bénéficient d’horaires assez souples qui s’adaptent à leurs études, les autres cumulent les petits boulots ou s’insèrent dans le marché de l’ubérisation en devenant livreur – un métier dangereux, qui a coûté la vie à un étudiant Bordelais en Janvier dernier. 

Des conséquences politiques 

Qui dit précarité dit aussi misère sociale et parfois troubles psychologiques : angoisse, dépression. A cela s’ajoute souvent une impossibilité de consulter un professionnel de santé en raison du coût des consultations. Beaucoup d’étudiants dénoncent le manque de soutien et d’accompagnement des établissements, notamment en cas de réorientation ou de difficultés financières. Anas venait de “tripler” sa deuxième année de licence en sciences politiques, et avait par conséquent perdu sa bourse du Crous, plongeant ainsi dans une précarité plus grande. Certains commentaires pointent “l’inutilité de poursuivre des études” ou bien la nécessité de “réaliser qu’on est pas fait pour ça”, mais d’autres soulignent que le débat est ailleurs. Son université, pourtant au courant de sa situation, ne l’a pas aidé à se réorienter,  ni orienté vers des aides financières potentielles qui auraient pu l’aider. Cependant l’heure n’est plus au “et si”, maintenant que le pire est arrivé, mais la question est soulevée et le débat fait rage. 

Les étudiants nombreux également à déplorer le silence du gouvernement, du Crous, du Ministre de l’Intérieur, face au drame qui secoue la France étudiante depuis plus d’une semaine. Quelques syndicats étudiants appellent à une grève jointe avec les cheminots et les personnels infirmiers à partir du 5 décembre. Le 12 Novembre dernier, une première manifestation parisienne s’est achevée par la détérioration des grilles du Ministère de l’Enseignement supérieur ; à Lyon ou à Lille, les étudiants se sont rassemblés devant le Crous pour exprimer leur détresse et soutenir Anas, dont ils espèrent que le geste, désespéré, n’aura pas été vain. Certains syndicats étudiants ont déjà déclaré leur volonté de se joindre à la grève massive du 5 décembre prochain, afin de réclamer haut et fort des réponses et des solutions au gouvernement : affaire à suivre donc, à présent que le débat est ouvert. 

Chloé Touchard

Sources : 

https://www.ouest-france.fr/education/etudiant/etudiant-immole-lyon-la-precarite-etudiante-en-7-chiffres-6606686

https://www.la-croix.com/France/A-Paris-epicerie-solidaire-faire-face-precarite-etudiante-2019-11-14-1301060362

https://www.francetvinfo.fr/societe/education/j-ai-un-euro-par-jour-pour-manger-trois-etudiants-temoignent-de-leur-grande-precarite_3699885.html

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