Le son du silence

Le bourdonnement des passants, la musique incessante des magasins, le brouhaha du trafic et la cacophonie des travaux rythment les journées et parfois même les nuits des citadins. Toutes ces nuisances sonores, même si elles sont en-dessous des seuils réglementaires, affectent l’organisme et créent une “fatigue sonore” sur le long terme. On considère par exemple que l’ouïe est en danger dès lors que l’exposition excède 80 décibels (dB) pendant huit heures par jour, soit l’équivalent du ramdam du périphérique. D’après l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles, les conséquences peuvent se décliner en  stress, en troubles du sommeil, en une baisse de la concentration et en problèmes cardiovasculaires. Cette thématique de pollution sonore est de plus en plus importante dans les politiques urbaines et de nombreux candidats à la mairie de Paris en ont même fait leur fer de lance. 

À l’opposé, les bienfaits du calme sont démontrés par de très nombreuses études scientifiques. En bref, le calme est censé améliorer tout ce que le brouhaha détériore. Certaines études déconseillent par exemple de vivre dans un environnement dont l’intensité sonore dépasse les 30 à 40 dB. Les niveaux sonores du chuchotement du vent et du bruissement des feuilles sont ainsi très bons pour la santé. 

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Echelles du bruit (lien dans les sources)

Si vous cherchez cependant un lieu dénué de tout son issu de l’activité humaine, il est de plus en plus difficile d’en trouver. Le bioacousticien Gordon Hempton, qui parcourt le monde depuis une trentaine d’années à la recherche de ces endroits, estime qu’il n’en existerait plus qu’une cinquantaine sur la planète ; tendance revue à la baisse à cause des trafics routier et aérien. Même dans la plupart des endroits désertiques où l’on se rapproche du 0 dB, soit le seuil d’audibilité pour l’homme, le silence n’est que de courte durée. 

La recherche du silence absolu n’est cependant pas de tout confort et peut même vous rendre fou. Dans un centre expérimental de la NASA, il existe une chambre sourde, ou “anéchoïque”, qui atteint un silence de -9,4 décibels. Ces pièces sont utilisées pour tester la résistance au silence des astronautes. Après une demi-heure, la perte de repères sensorielles les oblige à s’asseoir sur une chaise à cause d’une sensation de déséquilibre. Au bout de 45 minutes, l’astronaute risque des hallucinations et de s’évanouir. 

La quête du silence absolu est donc complètement contre-productive, il s’agirait plutôt et surtout de savoir jouir du calme. Le grandiose Miles Davis l’avait aussi compris et exprimé dans ses compositions : “La véritable musique est le silence et toutes les notes ne font qu’encadrer ce silence”. 

Alexandre FOLLIOT

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