pRINTEMPS SCIENTIFIQUE : Le placenta n’oublie pas son tabac

17 % des femmes françaises continueraient de fumer pendant leur grossesse alors que les risques du tabagisme pendant cette période sont bien connus et dangereux, tant pour la santé de la maman que pour celle de l’enfant (accouchements prématurés, maladies cardio-vasculaires, cancers etc). Aujourd’hui, on sait que le tabac a un impact sur le développement du fœtus pendant la grossesse à cause de cet organe qui relie la mère à son bébé : le placenta. Le placenta pourrait-il alors garder en mémoire une exposition au tabac et ce même trois mois avant la conception ? C’est ce qu’une étude publiée par des chercheurs de l’INSERM, du CNRS et de l’université Grenoble-Alpes (UGA) a affirmé en octobre dernier.

Le placenta, « gâteau » ou « galette » en latin, est cet organe qui fait le lien entre la maman et son bébé pendant la grossesse. Il est indispensable au développement d’abord de l’embryon, puis du fœtus. Son objectif est d’assurer l’apport et l’échange de tous les éléments qu’aura besoin l’enfant pour grandir dans le ventre de sa mère : échanges en sang, en oxygène, en gaz carbonique. Il assure aussi l’apport en nutriments, comme les minéraux et le sucre. De plus, durant les premiers mois, il maintient en vie l’embryon le temps que les organes, comme le tube digestif ou les poumons, soient fonctionnels chez le fœtus.

Ce qui est particulièrement intéressant, c’est sa faculté de “bouclier”. Il représente en effet une barrière protectrice pour l’enfant à l’intérieur du ventre de sa mère. Il filtre tout ce qui pourrait être néfaste ou nuisible au bon développement du bébé, comme les virus ou certaines molécules dites « mauvaises ». Il ne peut malheureusement pas protéger de tous les dangers, c’est d’ailleurs pour cette raison que les médecins mettent en garde les femmes enceintes concernant leur hygiène de vie. La sage-femme Anna Roy le confirme : « C’est un organe presque parfait, mais il a des failles. Par exemple, la barrière placentaire peut laisser passer les tous petits virus, comme la toxoplasmose, mais aussi la cigarette, l’alcool, ou encore la drogue ».

Face à ces messages de préventions, les femmes enceintes arrêtent le tabac pendant la grossesse, pour ne pas mettre en danger leur enfant et les protéger avant tout de cette molécule, la nicotine, mais c’est peut-être mal connaître le placenta. En effet, des études ont prouvé que le placenta présentait une « mémoire épigénétique » de l’exposition au tabagisme avant la grossesse. 

L’étude menée par les chercheurs de l’INSERM et du CNRS, en collaboration avec l’Université de Grenoble-Alpes, a montré que le placenta possède une mémoire face à l’exposition du tabac ayant lieu trois mois avant la conception. Ces chercheurs ont étudié l’ADN d’échantillons de placenta prélevés au moment de l’accouchement chez 568 femmes réparties en trois catégories : fumeuses avant et pendant leur grossesse, anciennes fumeuses qui ont arrêté de fumer dans les trois mois précédant leur grossesse et non fumeuses. Il a déjà été prouvé que le contact avec le tabac pendant la grossesse était lié à des altérations de la méthylation de l’ADN dans le sang du cordon ombilical ou des cellules placentaires. Par définition, la méthylation de l’ADN est une forme de modification épigénétique qui agit sur l’expression des gènes par l’ajout d’un groupe méthyle (-CH3) sur l’ADN. Ces changements épigénétiques sont estimés réversibles, ils ne modifient pas la séquence d’ADN, mais engendrent une modification dans l’expression des gènes. 

Ces scientifiques ont également étudié le génome placentaire de ces femmes enceintes. Ils avaient conclu, auparavant, que 178 régions du génome sont modifiées chez les fumeuses tandis que pour les anciennes fumeuses, seules vingt-six sont altérées. Malheureusement, ces régions sont celles qui contrôlent l’activation ou la répression des gènes qui jouent un rôle important dans le développement foetal. Johanna Lepeule, chercheuse à l’INSERM, ajoute que les modifications de la méthylation placentaire d’ADN au niveau de ces gènes précis pourraient expliquer les effets du tabagisme observés sur le fœtus et avoir des conséquences sur la santé future de l’enfant. 

Ce bouleversement, manifeste chez le génome placentaire d’une ex-fumeuse (femme enceinte ayant arrêté de fumer trois mois avant sa grossesse), confirme l’hypothèse d’une « mémoire épigénétique » du placenta face au tabac. Ces observations affirment ainsi une énième fois qu’un contact indirect avec le tabagisme est néfaste pour la santé d’un foetus ou d’un bébé dans le ventre de sa mère à long terme.

Garance SAUDERAIS 

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