Survivre à la cacophonie médiatique

Éditorial

Dans un coin de la pièce, le téléviseur débite une succession d’images représentant une famille souriante  d’apparence idéale prenant paisiblement le petit-déjeuner dans un cadre idyllique. Cette atmosphère ne semble être telle qu’en vertu de la présence, sur la table de la cuisine, d’une brique de jus d’orange enrichie en vitamine C – ou celle d’une bouteille de lait facile à digérer – aux propriétés visiblement anxiolytiques. Sur la table basse, le journal monochrome joue de ses titres accrocheurs pour attirer le lecteur dans son tourbillon de mots. On peut d’ailleurs y lire que «  boire une tasse de café chaque jour augmenterait l’espérance de vie de 15% ». Si l’on jette un coup d’œil par la fenêtre, on fait face à une rangée de panneaux publicitaires aux slogans de plus en plus entêtants à mesure que l’on parcourt la rue du regard. Enfin, l’écran du salon abandonne les réclames bruyantes pour laisser place à ce qui ressemble plus une à joute verbale qu’à un débat au sujet du réchauffement climatique. On peut y entendre des invités quelconques – experts prétendus mais sans formation scientifique – s’opposer leurs croyances et leurs sophismes sans qu’aucun argument factuel ne vienne s’y interposer ; car il était évidemment inconcevable d’inviter un scientifique sur le plateau.

 

Toute information n’est pas bonne à prendre

 

Toute information n’est pas bonne à prendre. Cependant, il est difficile d’éviter le flux médiatique qui submerge constamment chacun d’entre nous. De quelles armes pouvons-nous bien nous munir afin de nous prévaloir de l’influence exercée sur nos petits cerveaux saturés ?

On sait de mieux en mieux depuis l’air du numérique et le développement d’internet que l’information n’informe pas toujours, voire désinforme. Nous sommes tous accoutumés à voir se propager des « fakes-news » sur les réseaux sociaux. Bien que de nombreuses campagnes (pour lutter contre les infox) nous apprennent à vérifier l’information, croiser les sources et remonter au premier article publié sur le sujet, le faisons-nous, tous, et en permanence, vis-à-vis de ce que nous relayons ou acceptons pour vrai ? Il est inutile de parier sur la réponse : elle est négative pour la plupart d’entre nous. Ceci peut s’expliquer simplement par le fait que nous sommes fainéants ou pressés, voire les deux à la fois. Mais cela s’explique surtout par le fait que nous sommes saturés d’informations. Malheureusement, notre cerveau a la fâcheuse tendance à prendre pour vrai tout énoncé court, simple, lui paraissant intuitif. Il ne cherche pas la vérité mais la satisfaction qui réside dans la minimisation de l’effort intellectuel. Dès lors, on comprend que croire est la plus aisée des actions de l’entendement : le fait d’accepter une information telle quelle requiert moins d’effort qu’effectuer un travail de réflexion consistant à se demander quels arguments et quelles preuves fourniraient des raisons suffisantes pour tenir ce même énoncé pour vrai. Par ailleurs, dans ce climat souvent qualifié de “ post-factuel ” ou d’” ère de post-vérité ”, notre esprit est soumis à deux tendances distinctes qui nous incitent à partager davantage de fausses informations. D’une part, la conscience de la malléabilité de notre opinion nous invite à ne pas être dupe et, d’autre part, la volonté de partager la “ vraie ” vérité quand elle s’offre à nous, nous pousse à relayer cette “ vérité ” afin que les autres soient également dans le « vrai ». Paradoxalement, ceci contribue grandement à la propagation de fausses informations dans la mesure où lorsque nous sommes face à une révélation sensationnelle ou à un scandale, nous estimons que c’est précisément un détail que le gouvernement, ou les médias, voudraient cacher à l’opinion publique (on peut, par exemple, penser à la récente affaire du tritium dans l’eau). Cette propagation démesurée des fake news a été mise en lumière par une équipe de chercheurs du MIT qui a montré, en étudiant des partages d’informations sur Twitter entre 2006 et 2017, que les fausses informations se propagent en moyenne bien plus rapidement et touchent jusqu’à cent fois plus de personnes que les vraies informations ou que les articles de debunk.

 

Inviter la population à penser davantage par elle-même

 

On peut tout de même observer une tendance à contre courant de cette ère post-factuelle caractérisée par un intérêt grandissant pour les notions d’esprit critique, de scepticisme ou de zététique. De nombreux vidéastes ont dédié leur chaîne à ces sujets dans le but d’inviter la population à penser davantage par elle-même ; en lui enseignant des méthodes d’analyse et de défense intellectuelle face aux informations qui lui parviennent. On peut citer parmi les plus influentes les chaînes Youtube Hygiène Mentale à presque dix millions de vues pour 286 000 abonnés et La tronche en biais avec ses douze millions de vues pour 165 000 abonnés. Sur la première, vous pourrez trouver bon nombre de vidéos qui vous apprendront « comment raisonner de façon logique », « comment tester scientifiquement le paranormal ? » ou bien ce qu’est la méthode bayésienne. La tronche en biais, quant à elle, vous proposera des formats courts explicitant différents biais cognitifs auxquels l’Homme est confronté ; ainsi que des formats plus longs où des scientifiques débattent de sujets tels que l’homéopathie, les médecines alternatives ou encore les effets des ondes électromagnétiques sur le vivant. D’autres chaînes aussi intéressantes traitent de ces sujets et de thématiques connexes telles que Defakator, qui nous apprend à débusquer les fake, science-4-all avec Lê qui nous apprend à mieux débattre, ou Le chat sceptique, qui nous enseigne à mieux décrypter les statistiques.

Développer son esprit critique et adopter une attitude sceptique face à l’information qui nous est présentée est peut-être l’un des meilleurs moyens de se ranger du côté de la vérité dans cette cacophonie médiatique permanente. Il faut toujours garder à l’esprit que toute information qui nous parvient, et même une information scientifique qui pourrait sembler des plus factuelles, passe inévitablement par le medium qu’est l’esprit humain. Ce dernier entaché de tous ses biais, ses croyances et ses opinions le poussent, inconsciemment ou non, à nuancer, négliger et déformer certains aspects du sujet qu’il traite. Ainsi, on peut raisonnablement penser que c’est au travers de la connaissance des biais qui incombent à l’Homme, en les décelant dans la rhétorique des autre ou chez soi-même, que l’on sera à même de se frayer un chemin vers l’objectivité et la vérité.

Afin de contribuer à lutter contre cette “ère post-factuelle”, Alma Mater lance une nouvelle rubrique intitulée “infox du lundi” que vous pourrez retrouver chaque semaine sur le site internet pour le debunk d’une fausse information.

 

Thomas Herard-Demanche

@sulcrow_

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