Alain Finkielkraut, A la première personne

Le 19 septembre 2019 paraît le dernier ouvrage en date d’Alain Finkielkraut, intitulé A la première personne, dans lequel le philosophe retrace son parcours.

L’Académicien français, désormais âgé de soixante-dix ans, apporte son regard sur la société française du début du XXIème siècle. L’ouvrage porte sur des sujets qui ont animé sa vie d’intellectuel. Il fait le bilan de ses impressions, lectures et expériences : « Le pathétique de l’amour » dans lequel il raconte ses débuts soixante-huitards, « L’interminable question juive » dont il aborde la complexité ou « Le choc Heidegger », qui sont autant de chapitres de sa vie.

« Réactionnaire, disent-ils. »

Souvent traité de tous les noms, Alain Finkielkraut dit ne pas vouloir se « retrancher dans la forteresse imprenable de l’autobiographie ». L’infamie et la diffamation ne crient pas gare : outre le « sale sioniste de merde » que lui a lancé un gilet jaune le 16 février 2018 boulevard Montparnasse au cours du quatorzième rassemblement du mouvement, on lui accole fréquemment des épithètes inamicales telles que « réactionnaire » par des internautes, ou bien par des chroniqueurs de radio très en vogue. Il répond à ces invectives au micro de France Culture et « récuse évidemment ce terme », il « ne cherche pas son bonheur dans l’Ancien régime », mais il « revendique très fort le droit à la nostalgie qui est un sentiment qu’il est barbare de criminaliser ». Il ajoute « ne pas vouloir d’une police de la pensée en France ». Ce que cache ce label d’infamie est, selon le philosophe, une manière de dire que son discours est archaïque, qu’il appartient à un autre temps et, par conséquent, qu’il n’a plus lieu d’être, qu’il devrait se taire. Le débat lui semble compromis en raison de l’inflation d’injures adressées à lui comme à d’autres et il considère que la démocratie est ainsi mise en danger. Il décrit un durcissement de la vie intellectuelle et une remontée du sectarisme dans le débat d’idées en France.

Le terme « réactionnaire » est réapparu dans le milieu intellectuel avec la publication du Rappel à l’ordre : Enquête sur les nouveaux réactionnaires de Daniel Lindenberg en 2002, qui dresse une liste noire de penseurs avec qui il ne faudrait pas débattre. On trouvera parmi eux : Michel Houellebecq et Philippe Muray chez les écrivains, Luc Ferry et Alain Finkielkraut chez les philosophes ou encore l’historien Marcel Gauchet. La censure, quelle qu’elle soit, peut-elle exister dans un régime démocratique ? Il s’agirait de bannir des auteurs de l’espace commun au lieu de se confronter à eux à travers une discussion d’égal à égal.

« Le fascisme, c’est vous. »

Cette censure dogmatique se fait en effet de plus en plus ressentir dans la société. Le 23 avril 2019 a lieu une conférence, à laquelle Alain Finkielkraut est convié, organisée à Sciences Po Paris par l’association souverainiste Critique de la raison européenne sur le thème de « Modernité, héritage et progrès ». Cette association organise des conférences-débats sur des thèmes variés et invite fréquemment des personnalités médiatiques diverses, comme Natacha Polony, Emmanuel Todd ou encore Jean-Michel Quatrepoint. Le philosophe est vite interpellé par des membres d’une association se réclamant de « l’antiracisme politique », Sciences Po en lutte – Institut Clément Méric. L’un d’eux déclare alors : « Le présentant comme un intellectuel de renom, les organisateurs masquent bien mal le choix qu’ils font : celui d’un invité au discours xénophobe, qui ne manquera pas de récidiver dans ce nouvel événement. » Il ajoute : « la part belle aux voix qui nourrissent l’extrême droite et mettent en danger nos existences ». La conférence est finalement annulée puis délocalisée dans des locaux voisins, l’invité est alors placé sous haute protection policière. Ce dernier rétorque à ses « censeurs antiracistes » : « le fascisme, c’est vous ».

Alain Finkielkraut confie le 18 janvier sur France Culture à Frédéric Beigbeder et Philippe Val que « ceux qui brandissent avec fierté l’étendard de la tolérance n’en sont que le spectre. Ceux qui s’efforcent à vouloir anéantir les préjugés ne font que les véhiculer, en mettant certains intellectuels dans des cases desquelles ils ne doivent surtout pas sortir. Là-même, dans les lieux du savoir, où on pensait être vaccinés contre elle, la censure fait rage ». L’écrivain s’indigne donc de ce qu’il juge « antidémocratique » dans le débat public.

Ainsi, Alain Finkielkraut raconte avec modestie, à la lumière de Milan Kundera, Martin Heidegger et Hannah Arendt, les combats et les questionnements complexes qui méritent d’être lus, qui l’ont parcouru tout au long de sa vie. Sans se cloîtrer dans un statut de victime, il encourage une discussion apaisée et constructive dans une démocratie qui suppose un espace de délibération entre contemporains, un espace de délibération entre citoyens ayant besoin les uns des autres pour fabriquer le sens commun des choses.

Photo officielle couverture PUBLI

Alain Finkielkraut, A la première personne, Paris, Gallimard, collection Blanche, 2019, 122 pages, 14 €

Antoine COUDOL

@antoine_coudol

 

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