Des insectes dans nos assiettes ? – Clément Scellier

En 2012, Clément Scellier cofonde la société JIMINI’s avec son ami d’enfance Bastien Rabastens. La startup produit des insectes cuisinés et propose de les faire entrer dans notre quotidien. JIMINI’s est aujourd’hui un des leaders en Europe.

Quelles étaient vos motivations quand vous avez lancé votre start-up ?

Officiellement pour le côté sympa, fun, ludique et délicieux; un discours plus accessible et plus vendeur que le facteur nutritionnel et environnemental. Officieusement parce que la vision du public a changé à la suite de la découverte des enjeux environnementaux et sociétaux grâce à un rapport de la FAO. Il faudra presque doubler la production de protéine d’ici 2050, ce qui est impossible puisqu’on utilise déjà 70% de la surface arable de la planète. C’est cette problématique qui nous a motivé. Dans ce même rapport, l’alternative des insectes était la solution la plus simple à développer. Nous tenions donc à introduire les insectes dans notre alimentation de manière à réduire notre impact environnemental.

Comment élevez-vous vos insectes et comment préparez-vous vos produits ?

Nous nous concentrons sur la transformation et non pas sur l’éle-vage, qui est un autre métier. Nos insectes sont élevés aux Pays-Bas et nous les importons entiers ou bien en poudre dans notre usine à Melun pour transformer la matière première. Les insectes entiers sont déshydratés puis cuisinés pour leur donner du goût, alors que ceux en poudre sont trans-formés en barres énergétiques ou en granola et ce genre de choses.

Y a t’il des risques à en manger ? Vous avez évoqué les parasites, mais qu’en est-il des bactéries, des virus ou des allergies ?

Les insectes sont des crustacés de terre, de la famille des arthropodes et ils ont des allergènes en commun avec les crustacés, comme la chitine. Il s’agit d’une allergie plutôt commune. Il y a d’autres risques : les métaux lourds, les parasites, les champignons… Mais c’est commun à tout élevage d’animaux. En 2015, un rapport de la sécurité sanitaire française expliquait qu’il n’y a pas plus de risque à manger des insectes que des porcs mais que ça dépend aussi du type d’insecte. Certains possèdent du venin, des piquants ou des carapaces très dures, mais on ne les propose pas à la vente. On ne vas pas mettre sur le marché des scorpions au poison mortel, ce serait idiot.. En termes de virus par contre, il y a beaucoup moins de risques à consommer des insectes que de la viande car leur génome est très éloigné de celui des humains.

Il existe un flou juridique sur la consommation d’insectes en Europe. Avez-vous connu des difficultés pour vendre vos produits ?

Il existait un flou juridique jusqu’en janvier 2018. Quand nous avons lancé notre entreprise, les insectes ne rentraient dans aucune case du règlement européen “Novel food” qui s’applique à l’alimentation humaine. Ce règlement, qui date de 1997,est très vaste et flou et peut être interprété complètement différemment d’un pays à l’autre…

« Notre stratégie globale est de progressivement intégrer l’insecte dans le quotidien »

Pour nous c’est un peu compliqué parce que les autorités françaises ne sont pas vraiment « pro-insecte » et préfèrent attendre de voir ce que font les autres pays. La Belgique a été la première à légiférer et il existe maintenant une dizaine d’insectes 100% encadrés. Les Pays-Bas, l’Angleterre, l’Espagne ont aussi légiférer dans ce sens.

Quelle est votre stratégie marketing pour toucher un large public ?

Notre stratégie globale est de progressivement intégrer l’insecte dans le quotidien. Nous avons com-mencé par le marché de l’apéritif, qui est dynamique et festif. Nous proposions des insectes entiers parce qu’on ne voulait surtout pas cacher la réalité à nos clients : on peut manger des insectes et c’est très bon. Nous avons continué avec des barres protéinées à base de poudre, où on ne voit plus l’insecte. Mais une fois que vous avez mangé un insecte entier, vous ne vous posez plus de question. Nous avons fait ensuite des granolas, puis des pâtes et on s’achemine vers le steak, qu’on appellera “in-steack”.

Avez-vous personnellement remplacé l’insecte par la viande ? Pensez-vous que cela pourrait devenir notre première source de nourriture ?

Quasiment tout le monde dans l’entreprise, moi compris, aime la viande. Nous prônons plutôt de man-ger moins de viande mais de meilleure qualité et de varier ensuite les sources de protéines. Le futur tel que nous le voyons serait de manger un peu d’insectes, un peu de viande, un peu de poisson, du végétal, etc. Nous ne sommes pas des intégristes de l’in-secte, on n’en mange pas matin et soir mais nous voyons l’insecte comme une protéine animale qui fait partie de notre quotidien.

Propos recueillis par Alexandre FOLLIOT

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